Le long métrage de Xavier Dolan âgé de 20 ans seulement, fils de l’acteur et chanteur Manuel Tadros, est l’un des trois films québécois qui ont fait partie de la sélection de la 41e Quinzaine des réalisateurs, une prestigieuse section parallèle au Festival de Cannes. Dire qu’à l’origine, ni Téléfilm Canada, ni la Société de développement des entreprises culturelles n’avaient jugé le projet de Dolan assez intéressant pour le financer. Qui sait reconnaître le talent? Elles sont nombreuses les anecdotes de ce genre dans le domaine culturel. Nous le savons tous, les artisans du monde culturel ne vivent pas tous dans le luxe, loin de là.
La comédienne Angèle Coutu, figure très connue du petit écran au Québec, le rappelait récemment lors de son passage à l’émission Tout le monde en parle. Elle signalait combien la détresse est grande chez de nombreux artistes de chez nous qui attendent dans l’angoisse la sonnerie du téléphone. Le nombre d’artistes qui trouvent du travail est en hausse, mais la valeur des contrats est en baisse constante. Selon Raymond Legault, président de l’Union des artistes : « Nos membres nous le disent, il n’y a plus de capacité de négociation. Des comédiens qui ont 25 ou 30 ans de métier se font dire qu’ils doivent souvent travailler au salaire minimum. » Pas facile d’être un artiste!
Dans un article intitulé « L’invasion des héritiers » parut dans le quotidien La Presse ces jours-ci, Stéphane Kelly, professeur de sociologie au Cégep de St-Jérôme, dénonce le manque de démocratie dans le monde de la culture et décrit le phénomène de l’hérédité qui prévaut. Kelley déclare : «Qu’importe le talent, pour devenir une star au Québec, ce qu’il faut, c’est un nom célèbre. » En fait, nous assistons à un star système transmis de père en fils. En regardant de près les nombreuses productions de chez nous, il n’est pas rare d’y retrouver les fils et filles de vedettes. Ces gens ont un nom passe-partout, celui de leur père ou de leur mère. Nous pourrions tous en nommer tellement nous en retrouvons dans le monde artistique.
Il est clair qu’avoir les gènes de Natalie Choquette, de Guy Cloutier, de Denise Filiatrault de Jean Lapointe, de Gaétan Labrèche, de Patrick Roy, de Manuel Tadros et j’en passe ne nuit certainement pas, au contraire. Ce n’est toutefois pas une garantie. Ce que soulève le sociologue Kelly, ce sont les autres talents qui n’ont pas une chance égale de percer ou même d’être entendus parce qu’ils n’ont pas de parents dans le métier. La découverte de talents ou l’apprentissage d’un métier trouve parfois, souvent même, l’inspiration dans le milieu familial. Combien d’enfants ont suivi les traces de leur père ou de leur mère? Mais pour entrer à la Faculté de médecine, il ne suffit que ton père soit médecin, il faut du talent. Stéphane Kelly souligne : « Chaque jour, les médias découvrent une future star, qui par hasard, est le fil d’un tel ou la nièce d’une telle. Tantôt c’est la petite Brathwaite, tantôt c’est le petit Charlebois, ou encore le fils d’un célèbre gardien de but… » Ce qui est triste, c’est que trop souvent, des jeunes de chez nous et remplis de talents sont rapidement écartés.
La nation québécoise a fait de son identité et de sa culture au fil des années, une industrie culturelle imposante qui l’a propulsée à travers la planète. L’industrie culturelle est devenue un incontournable levier économique. Nous pourrions citer ici les nombreux succès culturels sur la scène internationale réalisés par des gens créatifs, ingénieux et courageux. Le Québec s’impose malgré les coupures draconiennes du gouvernement Harper. Ce n’est pas nécessairement la taille de la population d’un pays qui en fait un foyer de talents. Il y a une histoire certes, mais aussi une volonté politique et une fierté nationale. Le Québec avec 7,3 millions d’habitants fait l’envie de plusieurs nations à ce chapitre. Saviez-vous qu’il y a 120 pays siégeant à l’ONU qui sont moins populeux que le Québec? Il y a du talent à revendre sur ce coin de terre d’Amérique, Encore faut-il le reconnaître à sa juste valeur et le valoriser.
Commentez cet article : Lebloguedudg@gmail.com