Pour beaucoup de gestionnaires et d’éducateurs, ce sera le temps des bilans. L’année scolaire 2008-2009 n’aura pas été sans soubresauts. La ministre de l’Éducation, Michelle Courchesne, a eu maintes fois à se débattre avec les rebondissements de la réforme, le taux trop élevé du décrochage scolaire, la pauvreté du français écrit, la popularité inégale du secteur privé, le mécontentement du corps professoral, la demande insistante pour le retour du redoublement de certains élèves, l’insubordination des écoles juives, la contestation du nouveau cours d’éthique et de culture religieuse et j’en passe. L’éducation est une des valeurs les plus importantes aux yeux des Québécois selon divers sondages. Dans les faits, qu’en est-il?
Dans ce monde si développé, comment ne pas se préoccuper des enfants qui éprouvent des difficultés dans les rudiments du savoir lire-écrire-compter, de l’échec scolaire qui les menace, de leur rythme biologique. Entre vous et moi, comment être contre une réforme prétendue intelligente de l’école. Seulement, voilà que tout est loin d’être aussi simple qu’on veuille bien nous le faire entendre lorsque l’on parle de réforme et de plan stratégique dans le monde scolaire. Les taux alarmants du décrochage scolaire ont sonné bien des alarmes ces dernières années. Et quelle sonnette d’alarme! Un élève sur trois décroche toujours dans notre système scolaire ultramoderne et doté d’experts. Depuis une décennie, plusieurs ténors du monde de l’éducation y sont allés de grandes stratégies, mais rien ne semblent s’améliorer. Ça ne lève pas, même les profs décrochent! Cette année, le monde des affaires a mis la main à la roue avec la publication du rapport Ménard en proposant dix recommandations sérieuses. L’effort est plus que louable même si les moyens d’intervention sont toujours discutables.
Mais voilà que Québec vient de reporter à plus tard son plan d’action pour la lutte au décrochage scolaire. La ministre a annoncé la semaine dernière qu’elle ne respecterait pas son engagement de rendre public au printemps son Plan d’action national de lutte contre le décrochage scolaire; cela comprenait évidemment les suites à donner au rapport Ménard. Une question budgétaire semble-t-il! Le tout devrait se retrouver dans le budget 2010 selon les dires de la ministre Courchesne. La lutte au décrochage scolaire concerne toute la société québécoise, ce n’est pas qu’une question budgétaire. Il y a une volonté politique qui n’est pas là, qui semble s’esquiver devant une responsabilité cruciale! Le Gouvernement était prêt à injecter 100 millions de dollars, rien de moins, pour supporter l’achat du Canadien de Montréal. Qu’est-il prêt à faire, clament certains observateurs, pour sauver l’école québécoise?
Pendant ces mois d’été, que nous souhaitons chauds et reposants, les enfants et les adolescents se divertiront à la maison ou dans la famille élargie, peut-être au chalet ou à la plage sur les côtes américaines ou québécoises, en voyage au Canada, en Europe, ou ailleurs dans le monde. Certains fréquenteront sans doute des camps de vacances ou des camps de jour. Mais il faut dire que les turbulences de la crise économique ralentiront évidemment quelques habitudes bien ancrées et initiatives spontanées. Le monde a bien changé! Dire qu’il n’y a pas si longtemps, à peine l’école terminée, nous nous retrouvions dans les champs pour la cueillette des petits fruits et du foin. Nous n’avions pas le temps de nous amuser trop longtemps ou de voyager à l’étranger lorsqu’il fallait contribuer à la vie d’une famille comptant neuf ou douze enfants.
Dans ma jeunesse, je n’ai pas connu de saison estivale sans travail. Il y avait toujours quelque chose à faire et nos parents y veillaient fort bien. Avec mes frères et mes sœurs, je partais tôt le matin pour la cueillette des fraises sous le soleil ardent de juillet. Agenouillés sur la paille qui couvrait les rangs de fraisiers, sous le regard assez sévère d’un propriétaire exigeant, il fallait cueillir avec rapidité et minutie ce fruit savoureux qui nous laissait immanquablement les doigts tâchés de rouge et quelques courbatures bien senties. Nous gagnions à l’époque 25 cents le panier. Il fallait être super rapide pour atteindre les cent paniers par jour. J’y arrivais presque toujours, mais il n’y avait pas de temps à perdre. Imaginez, cela me donnait 25$ pour huit heures de travail presque sans répit. Autre temps, autre mœurs.
Mais je ne regrette rien! Le cœur à l’ouvrage ne manquait pas dans la famille. C’était une marque de commerce chez nous et à vrai dire, chez un bon nombre de Québécois. Le cœur à l’ouvrage, c’est peut-être ce qu’il faut retrouver ou susciter dans le monde scolaire et dans notre Québec des accommodements raisonnables ou pas. Voyons, l’école ne sera jamais finie!
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