Le Québec, terre aux espaces infinies et aux arpents de neige, fascine et attire par la générosité de ses habitants et par ses perspectives de bien-être. Les diversités culturelles et religieuses des nouveaux arrivants ont soulevé au cours de la dernière décennie toute une remise en question de nos manières d’être et de faire. Les Québécois « dit de souche » se sont sentis souvent heurtés profondément par certaines revendications des nouveaux arrivants. Tout cela a mené, ou plutôt forcé, comme nous le savons bien, le gouvernement Charest à mettre en place une commission pour aborder la question fondamentale des accommodements dit raisonnables. Mais voilà que le Québec tricoté serré commence à retrousser de nouveau.
La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPJ) vient de décider en catimini que les minorités religieuses pouvaient choisir le sexe de leur évaluateur lors de leur examen de conduite à la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ). Décidément, où étaient-ils ces commissaires lors des audiences publiques? Nous avions assisté à l’automne 2007 à une vaste opération consultative et très médiatisée sur les pratiques d’accommodements reliées aux différences culturelles. De cette fameuse commission itinérante, qui a sillonné le Québec et entendu par moins de 3500 personnes dans 17 villes, un rapport a été rendu public le 22 mai 2008. Celui-ci comptait pas moins de 37 recommandations sous sept grands thèmes. Le gouvernement Charest avait promis de donner suite aux recommandations de ce rapport qui, jusqu’à maintenant, semble être demeuré sur des tablettes quelque part dans les officines gouvernementales. Comment se fait-il qu’un organisme d’état puisse prendre une telle décision après tous ces débats houleux?
Rappelons que plusieurs analystes de la scène publique avaient été déçus des solutions contenues dans le rapport Bouchard-Taylor, car il ne présentait pas suffisamment de repères concrets permettant aux immigrants et à la population en général de s’identifier. La récente décision de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse est purement administrative et ne tient pas compte de l’impact de celle-ci dans la population et en particulier chez les nouveaux arrivants. C’est un message contradictoire, non respectueux des valeurs fondamentales du Québec. Par cette décision, on dit tout simplement aux nouveaux arrivants : « Aucun problème, on peut s’adapter facilement à vos exigences. » Ce n’est pas au Québec de s’adapter, mais à ceux qui désirent y vivre de se soumettre aux règles et valeurs en vigueur.
Il me semble que les gouvernements successifs ont rappelé que les valeurs de la langue française, de la séparation de l’État et de la religion et de l’égalité homme-femme sont fondamentales et non négociables. Nous avons développé au fil des siècles des valeurs et des principes qui constituent notre culture commune. Il y a des codes qui régissent notre manière de vivre. Pour le Québec et son devenir, il faut les respecter à tout prix; ce sont des questions de survie et de paix sociale. La récente réédition du livre culte Les 36 cordes sensibles des Québécois, écrit en 1978, nous rappelle bien ces racines et ces valeurs qui ont tissé le Québec d’hier et d’aujourd’hui.
Le regretté Jacques Bouchard, auteur de ce livre marquant, rappelait que la majorité québécoise se définissait selon six racines : terrienne, minoritaire, nord-américaine, catholique, latine et française. À chacune de ces racines correspondait une série de six cordes sensibles. Trente ans plus tard, selon plusieurs spécialistes qui sondent les reins et les coeurs, les racines décrites par ce génie de la publicité n’ont pas tellement changé. Par contre, quelques cordes sensibles se sont modifiées quelque peu et d’autres même se sont ajoutées. Les racines d’un peuple sont très tenaces et il me semble que ce livre pourrait être une lecture des plus appropriées pour tous les nouveaux arrivants.
L’État québécois s’est doté de normes pour l’ensemble de la collectivité. Elles sont là pour assurer et maintenir le fonctionnement de rapports harmonieux dans l’espace public. Chaque citoyen doit se sentir concerner par ces normes et se reconnaître comme faisant partie de la même nation. Le rapport Bouchard-Taylor de 2008 avait suscité de vives réactions lors de sa parution, car il laissait encore trop de zones ambiguës sujettes à des interprétations et des accommodements qui vont à l’encontre de la population. Après 3,7 millions investis, 3500 interventions de la population et 37 recommandations de cette commission, sommes-nous revenus à la case départ?
Plusieurs considéraient cette opération consultative comme de la poudre aux yeux pour calmer l’opinion publique exaspérée par tous ces accommodements loin du raisonnable. La récente décision, par la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, concernant les examens de conduite à la SAAQ vient d’embraser la braise anémique des accommodements raisonnables. « Un feu léger est vite étouffé : si vous le laissez faire, des rivières ne sauraient l’éteindre » disait William Shakespeare.