Il y a de quoi relancer un pan de l’économie quelque peu moribonde disent certains observateurs. C’est vrai que la vaccination massive profitera aux fabricants, mais il reste encore bien des zones obscures dans toute cette opération amorcée à la vitesse de l’éclair. En l’espace de quelques mois, on dirait que toutes les calamités nous sont tombées dessus. Nous vivons de crise en crise, elles se succèdent si rapidement en laissant toutefois des traces profondes sur les plans humanitaires et psychologiques : crises alimentaire, économique, énergétique, pandémie de la grippe A (H1N1) et j’en passe. Certains évoquaient même la fin du monde pour 2012!
Revenons à cette crise économique sans précédent qui a fait couler beaucoup d’encre, semé bien des émois et enfoui en un temps record pas moins de 12 000 milliards de fonds publics en opération de sauvetage du système financier. À l’été 2007, on craignait le pire et la crise a fait son oeuvre comme une tornade en dilapidant les biens publics, en spoliant la classe moyenne et en fragilisant de nouveau les plus pauvres. Comprenez-vous quelque chose à ce monde déboussolé? Si certains farfelus brandissaient la fin du monde, c’est peut-être réellement la fin d’un monde qui en en train de s’effriter en crises successives.
En septembre dernier, les grands de ce monde réunis au sommet du G20 à Pittsburgh annonçaient la fin de la crise et se tiraient les brettelles en se félicitant d’avoir endigué la crise avec des mesures énergiques. Mais à quel prix? En résumé, cette crise économique a provoqué des millions de licenciements, une hausse vertigineuse du chômage, une détérioration du climat social, une aggravation de la pauvreté à travers la planète. Ce n’est pas rien! À qui la faute? À la folie des financiers de notre capitalisme sauvage et au manque flagrant de vigilance des leaders de ce monde.
Un groupe d’experts économiques, utilise une image parfaitement appropriée pour décrire ce rebond momentané de l’économie mondiale : « Pour représenter la crise aujourd’hui, notre équipe a tenté de trouver une image simple. Voici l’analogie qui s’est imposée à nos chercheurs : une balle en caoutchouc rebondissant de marche en marche dans un escalier. Si elle semble remonter à chaque marche par effet rebond (donnant un moment l’impression que sa chute s’est arrêtée), c’est pour tomber encore plus bas à la marche suivante, pour effectuer une « reprise » de sa chute ». (GEAB no 37, 15 septembre 2009). Nous récoltons les fruits plutôt amers d’une idéologie économique qui est à bout de souffle. Il nous faut repenser le modèle économique qui pour en faire, selon les mots à la mode, une économie équitable et durable. Cela fait une trentaine d’années que cette « balle de caoutchouc » chute dans les escaliers de notre monde, mais ce faisant, elle prend de la vitesse en provoquant des dommages collatéraux dévastateurs. Où s’arrêtera-t-elle?
Quoi qu’il en soit, au-delà de la course folle vers les centres de vaccination, les banques canadiennes se montrent quand même le bout du nez avec fierté ces temps-ci Le journal La Presse titrait ce mercredi : « Sortie de crise avec éclat » pour les banques. Rappelez-vous qu’il y a à peine un an, les banques canadiennes affrontaient la prise crise depuis trois quarts de siècle. Lisez bien ceci mes amis : « Selon les prévisions d’analystes, les six principales banques du pays devraient retrouver un profit cumulatif de l’ordre de 19 milliards de dollars pour l’exercice terminé le 30 octobre » Il faut croire que cette fameuse crise sans précédent semble du passé et qu’elle ne fut qu’un vilain accident de parcours.
Même si les banques canadiennes ces jours-ci engrangent à coup de milliards de dollars, les états financiers du pays et de la province ne peuvent en dire autant. La dette publique est plutôt inquiétante pour les générations futures. Nous sommes dans le rouge pour bien des années. Ce n’est pas de si tôt que la population canadienne se remettra de cette crise, car il y a bien des séquelles, pas toujours apparentes, qui prendront du temps à se dissiper. En plein coeur de cette crise qui ébranla le monde, nous n’oublierons jamais ces grands argentiers fuyant l’effondrement de leur banque avec des millions en prime en guise de leurs loyaux services. Plusieurs de ces hauts dirigeants, toujours au-dessus de la mêlée, se sont rentrés la tête dans les épaules en attendant que la tempête cesse afin de reprendre à vive allure leur course effrénée aux profits à tout prix et à l’endettement collectif. Pendant ce temps, des hommes et des femmes de bonne volonté, tirant le diable par la queue, tentent de vivre leur quotidien dans la dignité et dans l’espoir d’un monde meilleur. Romain Rolland disait : « Même sans espoir, la lutte est un espoir. »