Ce vaste pays asiatique a connu depuis les dernières décennies une croissance fulgurante. Nous sommes loins de l’époque où l’on donnait un vingt-cinq cent à la Sainte-Enfance pour faire baptiser un petit chinois. La Chine est devenue la troisième puissance mondiale après les États-unis et le Japon. De fait, en terme de pouvoir d’achat, elle sans contredit est la deuxième puissance économique du monde, rien de moins. Il n’y pas un endroit sur cette planète où le développement est aussi galopant. Depuis près de vingt ans, la croissance moyenne se maintient autour de 10% grâce aux investissements et aux exportations. Lorsque vous ferez prochainement vos emplettes, vérifiez tout bonnement l’origine des produits que vous achetez. Vous serez étonnés de la présence envahissante des produits chinois dans votre panier de consommateur.
Saviez-vous que la Chine exporte 85% du marché mondial des montres et des jouets? 55% des appareils photographiques et des ordinateurs portables? 30% des téléviseurs et des machines à laver? 15% de l’acier? Vous portez peut-être des vêtements fabriqués en Chine et qui sait, ses souliers vous font peut-être marcher. La Chine est devenue tout doucement omniprésente dans votre salon, dans votre bureau et même dans votre voiture. Oui, la Chine a un nouveau visage, celui de l’ouverture sur le monde. À titre d’exemple, Hong Kong est la ville chinoise la plus riche dont l’économie est la plus libérale du monde. Avec 1,3 milliard d’habitants, ce vaste pays d’Asie ne manquent pas de bras et de mains pour produire. Et quel potentiel pour les marchés occidentaux!
Il n’est pas étonnant que de nombreuses compagnies canadiennes s’activent dans ce vaste territoire aux paysages variés. Après avoir ignoré cet important joueur sur l’échiquier mondial depuis qu’il est à la tête du pays, Stephen Harper s’est enfin décidé d’y faire une visite diplomatique. En fait, il est le dernier chef des pays du G8 à se rendre en Chine. Après les diverses déclarations et dénonciations peu délicates prononcées dans le passé par Monsieur Harper sur les droits de l’homme en Chine et son absence remarquée lors de l’ouverture des Jeux Olympiques de l’an dernier, il ne fallait pas s’attendre à un accueil des plus chaleureux lors de son arrivée. Notre Premier Ministre s’est fait rabrouer comme il se doit par son homologue Wen Jiabao.
Monsieur Harper a toujours maintenu une certaine rigidité envers la Chine et plusieurs de ses attitudes ont irrité fortement le gouvernement chinois : absence aux Jeux Olympiques, peu d’empressement pour se rendre en Chine, honneurs au dalaï-lama, accusations d’espionnages économiques, etc. Non, il n’en fallait pas plus pour « faire grimper dans les rideaux » un Premier ministre chinois. Ce cher Stephen Harper a attendu quatre ans avant d’effectuer ce que de nombreux observateurs estiment être sa plus importante visite à l’étranger. Pourquoi avoir attendu si longtemps?
Monsieur Harper devrait comprendre que l’on ne peut changer les valeurs d’un pays en moralisant ce dernier ou en maintenant le spectre de la menace. La Chine vit présentement des changements sociaux sans commune mesure avec ceux du Canada. Des défis de tailles, titanesques mêmes, s’imposent aux dirigeants chinois. Gérer un pays dont la population est 37 fois celle du Canada, ce n’est pas évident. Il semble assez clair que pour Stephen Harper, la philosophie communiste est signe d’une méfiance réelle. On est réformiste jusqu’au bout! Mais notre Premier Ministre est bien mal placé pour faire des remontrances aux dirigeants chinois en ce qui a trait aux droits de l’homme, suite aux récentes révélations troublantes sur la torture de prisonniers afghans par des soldats canadiens. L’arroseur est bien arrosé!
Le Canada a besoin plus que jamais de ce marché de 1,3 milliards d’individus pour relancer son économie basée principalement sur ses ressources naturelles. Devant la montée du protectionnisme américain, l’émergence du marché chinois devient une alternative de choix pour le Canada. Il me semble qu’il ne fallait pas quatre ans pour comprendre cela. La Chine deviendra sous peu la première puissance mondiale. Il me semble que le Canada a grand intérêt à développer des liens chaleureux malgré les accrocs déplorables de la Chine aux droits de l’homme. Ce n’est que par un dialogue soutenu que l’on peut faire évoluer des situations. Les prédécesseurs de Monsieur Harper l’avaient bien compris depuis de nombreuses années. Les Trudeau, Chrétien et Martin avaient effectué plusieurs visites fort prometteuses sur cette terre parfois difficile à saisir pour des canadiens pure laine.
Les paradigmes chinois échappent trop souvent aux occidentaux pressés et omnibulés par le profit à tout prix et leur technologie de pointe. La très longue histoire de ce peuple et sa très riche culture, sa langue et son écriture peu singulière, sa pensée et sa sagesse millénaire demandent temps, patience et compréhension. La Chine continuera de nous étonner et bien évidemment... Stephen Harper aussi!