L’information serait-elle devenue un produit de consommation? Dans son dossier Média et Information, l’IRB (Indicatif Relatif de Bonheur) répond assez clairement à cette question. Dans son enquête, pour la majorité de la population (60%), « l’information et les nouvelles sont devenues des produits de consommation ». De plus en plus de gens mettent en doute la pertinence et la justesse de l’information diffusée sous toutes ses formes. Plusieurs accusent même les médias de déformer la réalité, de monter en épingle certains événements, de tomber facilement dans le sensationnisme. En fait, près de 62% des répondants à l’enquête de l’IRB signalent que « les médias et les journalistes sont trop souvent superficiels et biaisés parce qu’ils ne cherchent qu’à présenter le côté sensationnel de la nouvelle. » La cote d’écoute ou la vente du journal sont parfois à ce prix. Le jour où l’information devient un produit commercial, la nouvelle n’est plus la même, l’angle de présentation risque de déformer le factuel.
Nous venons de le vivre pathétiquement avec la pandémie apparemment vaincue de la grippe A (H1N1). Dans ce cas-ci, certains observateurs parlent de démesure et carrément de campagne de peur à laquelle ont succombé les médias énergivores d’audience. De nombreux médias d’informations ont cédé, contribué même au vent de panique, provoqué disons-le aussi par des expertises et des consignes gouvernementales confuses et chaotiques. Le devoir de retenu, de prudence aurait été de mise. Près de 60% des Québécois, l’un des plus haut taux de vaccination au monde, se sont massés dans des centres de vaccination; de l’autre côté de l’Atlantique, les Français ont boudé cette campagne de peur et seulement 8% des 63 millions de Français ont reçu le vaccin miracle. Imaginez, toutes ces doses de vaccins non utilisées de par le monde. La France avait commandé 93 millions de doses, le Canada 31 millions. On ne sait plus quoi en faire de ces doses en surplus et payées évidemment par les contribuables.
L’enquête de l’IRB démontre assez clairement un glissement de la crédibilité et de confiance envers les médias. Le monde des médias a été chamboulé au cours des deux dernières décennies. La concentration et la convergence semblent être deux mots-clés de ce monde médiatique bousculé par l’apparition sans fin de nouvelles technologies de diffusion. L’inquiétude règne et 41% des répondants l’affirment; même la profession de journaliste subit une raclée. Sur 12 professions proposées dans l’enquête pour en connaître la plus crédible, les journalistes se ramassent en fin de queue avec les collègues de radios et les conseillers financiers. C’est loin de la cote d’amour!
Par contre, les nouvelles technologies ont le vent en poupe. Les médias électroniques ont, en fait, profondément changé la nature de l’information et la perception qu’en a le public. Le cyberespace est devenu un des lieux préférés de la source de l’information. De plus en plus de gens sont branchés dans tous les sens du mot. Les médias traditionnels retiennent leur souffle et essaient de garder, par des initiatives pas toujours heureuses, leur part de marché. Nous connaissons tous la perte de terrain, le déclin prononcé et les déboires de la presse écrite. C’est loin d’être terminé. Les habitudes changent et le Web connaît une croissance fulgurante. Près de 31% des répondants à l’enquête de l’IRB trouvent leur information d’abord sur les divers sites Internet. Il n’y a que les bulletins d’informations télévisées qui supplantent encore le Web avec 39%. Pour 49% des répondants, le net deviendra l’unique et principale source d’information.
Globalement, il y a une tendance irréversible. Avec plus de 2 heures 38 minutes sur le net en dehors du travail, il est clair que le monde de l’information subira encore des changements majeurs. L’utilisation des médias traditionnels semble plus élevée en milieu rural. En fait, « l’étude de l’IRB confirme l’attrait persistant des médias traditionnels auprès des femmes, des personnes plus âgées, plus faiblement scolarisées et vivant en milieu rural. » Une question fondamentale demeure : Comment assurer une information libre et digne de confiance?
Dans ce monde médiatique marqué par l’image et l’émotion que transmet-on réellement à l’auditoire? L’image diffusée ne révèle-t-elle pas, plus souvent qu’autrement, l’apparence des choses que leurs raisons profondes? Nous l’avons vu pertinemment avec la guerre en Irak. Pour sa part, le reportage en direct ne tend-t-il pas à cultiver indûment l’émotion à fleur de peau? L’information dite « continue » ne correspond-elle pas trop souvent au souci de capter l’audience plus qu’au besoin de dire quelque chose de nouveau. Nous savons pertinemment que le droit et la loi ne suffisent pas à garantir une information fiable. L’information médiatique doit répondre d’abord et avant tout à des critères de qualité et d’éthique. Ne l’oublions jamais, le citoyen a des besoins qui dépassent largement ceux du consommateur prêt à engouffrer avidement un « produit d’information ». Fondamentalement, l’information proposée ne peut, si elle veut être crédible et pertinente, esquiver sans retenue le respect du public. L’économiste et sociologue Alfred Sauvy disait : « Bien informés, les hommes sont des citoyens, mal informés ils deviennent des sujets ». À bon entendeur, salut!