« Quand le malheur s’acharne » disent certains, « cela dure longtemps ». Pourtant, s’il y a un peuple attachant, c’est bien celui de cette petite île comptant tout au plus neuf millions d’habitants. J’ai foulé le sol de ce territoire d’à peine 27 750 kilomètres carrés à trois reprises dans les années 90. Je garde un souvenir extraordinaire de ces gens au sourire radieux, au regard bienveillant malgré un environnement marqué d’une pauvreté extrême. Imaginez, 70% des Haïtiens vivent avec moins de 2 $ par jour. Terrible!
Depuis une décennie, ce pays tourmenté par des troubles politiques sans fin, a été frappé par de nombreuses catastrophes. Nous nous rappelons tous des quatre ouragans successifs en 2008 Fay, Gustav, Hanna et Ike qui ont fait 800 morts et près d’un million de sinistrés. Puis, il y a eu en 2004 la tempête Jeanne qui provoqua des inondations meurtrières et en 1998 l’Ouragan George qui avait provoqué des dégâts considérables. Décidément, cette République qui a acquis son indépendance depuis 1804 ne s’en sort pas. En dépit des sommes colossales en aide internationale, le pays croule toujours sous le poids de la misère et de la désolation. Ce pays a pu compter pendant des décennies sur la plus grande concentration de missionnaires canadiens dans le monde. Que reste-t-il de tous ces engagements?
Nous sommes près du peuple haïtien, en communion quoi. Il y a toujours eu une amitié profonde entre le Québec et Haïti. Sans doute que la langue française fut un atout dans ce rapprochement. La diaspora haïtienne est imposante au Canada, principalement au Québec, avec une population dépassant les 90 000 personnes. Nous retrouvons dans la belle province plus de 80% des membres de la diaspora. Dire que dans les années 60, on comptait à peine 200 personnes d’origine haïtienne sur l’île de Montréal. Cinquante ans plus tard, ils sont près de 55 000 à sillonner dans les rues de la métropole. Ils sont devenus des acteurs importants de l’évolution récente du Québec. De nombreuses figures se sont illustrés chez nous; pensons aux auteurs prolifiques tels que Dany Laferrière, Stanley Péan, aux réputés boxeur Joachaim Alcine et Jean Pascal, à la gouverneure générale du Canada Michaëlle Jean et bien d’autres. Il est clair que la population haïtienne du Québec est en état de choc.
Au début des années 60, c’est la terrible dictature de François Duvalier, surnommé Papa Doc, qui a forcé de nombreux haïtiens à quitter en grand nombre cette perle des Antilles. Certains spécialistes estiment la diaspora haïtienne à travers le monde à près de un million d’individus, migrants et leurs descendants immédiats. Le Québec fut l’une des destinations privilégiées pour plusieurs d’entre eux pour des motifs linguistiques et religieux. Dans les années 70, le Canada a accueilli en moyenne 3 000 immigrants haïtiens annuellement fuyant le régime de terreur des François et Jean-Claude Duvalier. Ces dictatures successives ont marqué le peuple haïtien dans leur corps et dans leur âme. Le puissant président de la République, François Duvalier meurt le 21 avril 1971, après plus de 13 ans de pouvoir absolu. Son fils Jean-Claude, surnommé « Bébé Doc » poursuivra ce régime draconien jusqu’à sa chute en 1986. Depuis ce temps, les crises politiques se succèdent et le pays ne finit plus de s’enfoncer. Ce tremblement de terre vient alourdir une situation déjà catastrophique.
En quelques heures, heureusement, l’aide humanitaire s’organise un peu partout à travers le monde. Des équipes se mobilisent, des organisations lancent des campagnes de financement, des gouvernements promettent des secours et de l’aide financière. En ces moments éprouvants, je reprends ici les mots de la gouverneure générale, Michaëlle Jean, que nous devrions faire nôtres: « Je tiens à ce que les Haïtiens sachent qu’ils ne sont pas seuls et que la population canadienne saura répondre devant l’urgence ». C’est un appel vibrant à la solidarité, la seule voie pour soulager la détresse de ce peuple en manque de tout, seule voie pour susciter quelque espoir en un avenir meilleur, seule voie pour confirmer notre foi en cette humanité profondément généreuse. Courage Haïti!