Au rythme de la musique, près de 2 700 athlètes provenant de 82 pays ont défilé sous les yeux avides d’une foule de plus de 60 000 personnes vêtues de ponchos. Cette cérémonie était la première sous toit et pas n’importe quelle voûte, celle du BC stadium muni de la plus grande coupole d’Amérique du Nord. Plus de douze mille mains, rien de moins, ont transporté à travers le pays la flamme de ces jeux. Un périple de 106 jours qui a débuté à Victoria le 30 octobre et qui aura visité 1 000 communautés et parcouru 45 000 kilomètres. Ces Jeux sont devenus une vitrine exceptionnelle, un rendez-vous universel, mais aussi un vaste happening des marchandeurs d’images époustouflantes et de sensations fortes. Sous des airs de fête, cette ouverture grandiose a été toutefois assombrie par la mort du lugeur géorgien Nodar Kumaritashvili sur la piste de Whistler. C’est la grande olympienne Clara Hughes qui a soulevé la foule lorsqu’elle a fait son entrée dans l’enceinte sportive en portant le drapeau du Canada suivie de la plus nombreuse délégation de l’histoire du pays comprenant 206 athlètes. Tout un contingent arborant l’unifolié!
Saviez-vous que deux Canadiens sur trois auraient regardé au moins une partie de la cérémonie d’ouverture, selon le diffuseur CTV? La cérémonie d’une durée de trois heures aurait attiré en moyenne 13,3 millions de téléspectateurs. La couverture, qui a été diffusée en direct sur onze réseaux de télévision en onze langues a rejoint 23 millions de téléspectateurs. Vancouver est dans la mire pour le meilleur ou le pour le pire! La ville s’est faite toute splendide pour accueillir le monde et aura tout mis en oeuvre pour se parer de tous ses plus beaux atours. L’industrie du dépassement de soi est à son paroxysme et l’unifolié pavane sur toutes les artères principales. Mais on ne peut cacher la misère, elle finit toujours par transpirer quelque part.
Même avec tout son décor rutilant, Vancouver ne peut mettre sous le tapis sa population démunie. À quelques pas de la jolie baie ouvrant ses berges sur le Pacifique se déploie un quartier malfamé : East Hastings où les maisonnettes tombent en ruine. C’est le coin des « piqueries » où les seringues jonchent à profusion les trottoirs. Dans ce quartier discrédité, le taux de séropositivité est le plus élevé des pays industrialisés, 40% comme celui du Botswana. Avec l’arrivée des Jeux, des pressions de plus en plus fortes sont exercées pour désaffecter ce quartier, exterminer la pauvreté visible, faire fuir les sans-abri. Il est clair que le Canada désire des jeux propres propres, mais on ne peut dissimuler l’envers du décor de la richesse colossale ne serait-ce le temps des Jeux Olympiques.
Dès le lendemain de l’ouverture éblouissante, 200 manifestants violents ont semé du grabuge dans le centre-ville de la ville hôte de ces splendides Jeux d’hiver. Ils ont fracassé des vitrines, lancé de la peinture et même affronté les forces de l’ordre pour protester contre le capitalisme et la commercialisation des ces jeux. Comme dans toutes les grandes occasions où se déploient des événements mondiaux, Vancouver essaie de repousser comme elle peut les anti-jeux, les anti-pauvreté et évidemment les antipathies. Tout le monde le sait, la majesté de ces Jeux n’est pas gratuite puisqu’elle coûtera au bas mot 1,75 milliard de dollars sonnants. Cet événement devait initialement injecter 9,5 milliards de dollars américains dans l’économie locale, mais la récession a réduit forcément les retombées envisagées à 3,8 milliards. Imaginez, la seule sécurité au cours de ces jeux atteindra le milliard de dollars. Ce n’est pas rien!
En ces moments où Haïti vit un drame inimaginable, la tenue de ces Jeux se déployant dans le faste et l’extravagance questionne. Dans une période de récession qui continue de saper le moral de millions de chômeurs en Amérique, il est clair que l’éléphantesque entreprise de ces Jeux laisse les plus vulnérables de la société perplexes. Il est fort à parier, selon certains observateurs, que ces Jeux époustouflants laisseront dans leur sillage certes des moments inoubliables et grandioses, mais aussi un endettement financier et une paupérisation inévitables. Les jeux sont lancés mes amis. La gouverneure générale du Canada, Michaëlle Jean, en a proclamé l’ouverture le vendredi 12 février à 23 h 30 (HNE); ils prendront fin le 28 février. D’ici là, n’oublions pas ceux qui ne sont pas dans la course et pour qui la vie quotidienne n’est pas un jeu, mais une question de survie.