Ils étaient 3,8 millions de fans québécois rivés à leur téléviseur ou rassemblés pour voir le tout sur grand écran; ils ont été servis à souhait. Il y avait de quoi faire rougir les bleuets du Lac St-Jean. Après la reprise de nos émotions quelque peu émoussées par la finale époustouflante de ces Jeux, portons un regard rétrospectif sur cette manifestation plus que grandiose.
Qui aurait pu prédire un tel succès de ces Jeux d’hiver? Sûrement pas les journalistes britanniques qui, à l’ombre de leur célèbre Big Ben, ont déclaré une semaine après ce rendez-vous sportif planétaire que ces Jeux « continuent de glisser du désastre vers la calamité ». Pauvres britanniques, ils ne connaissaient pas les ratoureux organisateurs canadiens. Il faut tout de même admettre que tout avait débuté par le triste décès du lugeur géorgien Nodar Kumaritashvili, des ratés techniques de la cérémonie d’ouverture et par la conjugaison d’une température loin d’être idéale pour des jeux d’hiver. Nous le savions d’avance, en février, la neige à Vancouver se fait assez rare merci. Il pouvait apparaître quelque peu étrange de voir au petit écran des gens se promener en culottes courtes. Fort heureusement, les athlètes n’avaient pas à skier dans les rues de la ville hôtesse. Soit, tout s’est replacé au fil des jours et, bien honnêtement, mission accomplie pour le comité organisateur des ces Jeux.
Tous les admirateurs, les commanditaires et les organisateurs voulaient des médailles! Malgré les critiques acerbes, la morosité des débuts et la remise en question du programme « À nous le podium », les athlètes canadiens ont repris du tonus dans la deuxième quinzième des Jeux. Avec ses 26 médailles, le Canada fait somme toute très bonne figure malgré les promesses envisagées de 30 à 35 médailles. Le pays s’est quand même classé premier au chapitre des médailles d’or, brisant même le record de premières places pour un pays hôte aux Jeux d’hiver. Les États-unis sortent les grands gagnants de ce grand rendez-vous sportif. Mais il n’y a pas que les médailles qui comptent. Parmi les 206 athlètes que comptait la délégation canadienne, des jeunes sportifs talentueux et prometteurs se sont illustrés, dépassant de loin les espoirs de nombreux observateurs. Ils pouvaient quitter Vancouver la tête haute et le torse bombé!
Pour les Vancouvérois, la ville n’est déjà plus la même depuis le départ des 2700 athlètes et des 250 000 visiteurs. Que restera-t-il pour ceux qui restent et ceux qui sont retournés chez eux. Ce n’est pas un secret de polichinelle, les Jeux de Vancouver ont coûté 7,3 milliards qui ont été financés à 77% par les contribuables canadiens. Le seul village olympique aura nécessité 1,1 milliard, rien de moins. Mais les jeux rapporteront gros à la ville hôtesse puisque l’on s’attend à des retombées de plus de 4 milliards. Ce n’est pas rien! Il est clair que ces Jeux ont apporté un baume sur les soubresauts d’une récession économique qui avait secoué passablement cette province du pacifique. Pour la ville hôtesse, il s’agissait sans doute de faire sonner au maximum les caisses enregistreuses. Nous n’en doutions pas, les milliards de dollars encaissés au cours de cette aventure olympique comptaient largement plus que les médailles récoltées.
Au cours de ces Jeux, rien n’a été parfait mais il y avait de la joie à profusion et de une fraternité bien réelle. D’un bout à l’autre du pays, jamais l’on a vu tant l’unifolié arboré les visages, les mains, les vêtements, les murs et j’en passe. Tout était blanc et le rouge! Les Jeux de Vancouver laisse dans le coeur de millions de Canadiens une expérience profonde de fierté et de solidarité. Les visages tout souriants et les cris de joie spontanée, les accolades bien senties et les salutations amicales, les mots stimulants et mobilisateurs, les gestes pleins de bonté et de tendresse ne s’oublieront pas de si tôt. Nous ne pourrons certes pas effacer de nos souvenirs le courage de cette femme nommée Joannie Rochette, la danse exceptionnelle du sympathique couple médaillée d’or Tessa Virtue et Scott Moir, le dernier et incroyable tour de piste du médaillé d’or Jasey-la Anderson, le sourire radieux d’un Alexandre Bilodeau en compagnie de son frère trisomique. Décidément, les Jeux c’était plus qu’un podium!