L’invasion des médicaments est bien réelle. Voilà que selon une étude publiée jeudi dernier par l’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS), « près des deux tiers (62%) des Canadiens de 65 ans et plus vivant dans la collectivité utilisent au moins cinq classes de médicaments prescrits. » Imaginez, cela fait beaucoup de pilules au pays. Les dépenses publiques en médicaments prescrits au Canada ont atteint 11,4 milliards de dollars en 2009. Nous connaissons tous le monopole qu’exerce les compagnies pharmaceutiques dans le domaine de la santé. Cette situation a été dénoncée maintes fois par de nombreux groupes protecteurs des citoyens. Nous nous rappelons vivement tout le débat autour de la vaccination obligatoire de la pandémie anticipée de la grippe A (H1N1). Plusieurs se questionnement pertinemment et depuis fort longtemps sur les prescriptions quasi automatiques et abusives du corps médical auprès des patients.
On définit généralement le médicament comme une substance ou une composition présentée comme possédant des propriétés curatives, préventives ou administrées en vue d’établir un diagnostic. Globalement, un médicament est conçu pour guérir, favoriser la guérison, ou encore soulager ou prévenir des maladies. Au début du 20e siècle, les médicaments étaient rarissimes et ne comptaient qu’une douzaine de produits de synthèse et une centaine de produits naturels. Sans doute que ma grand-mère Alma était pas mal dans le naturel avec une certaine efficacité légendaire. Le 20e siècle a connu une explosion de médicaments de synthèse produits par des laboratoires pharmaceutiques. Cette industrie est devenue une mine d’or et forcément un monopole. Dix des plus grandes sociétés pharmaceutiques aux États-Unis enregistrent des profits huit fois plus élevés que la médiante des profits inscrits sur la liste des 500 plus grandes entreprises du magazine Fortune.
La médecine pratiquée aujourd’hui est devenue malheureusement un « business » très lucratif; soit, il y a des exceptions. Les pilules sont devenues au quotidien la base de la médicine moderne. Qui oserait refuser une prescription de son médecin? Pourquoi ne pas inviter les patients à modifier différents aspects de leur mode de vie plutôt de prescrire d’une façon automatique des médicaments? Il est clair que c’est moins payant de prescrire une diète alimentaire qu’une série de comprimés. Les généralistes semblent un peu trop pressés à prescrire des pilules ou des traitements à leurs patients d’après les nombreuses études menées sur la santé.
Selon une étude menée en 2008, les manufacturiers de médicaments dépenseraient près de deux fois plus pour la promotion de leurs produits que pour la recherche et le développement. Tiens donc! Il est assez évident que le duopole médico-pharmaceutique recherche d’abord des dividendes. Dans le milieu de la santé, les usagers et les intervenants sont tous conscients de ce pouvoir des compagnies pharmaceutiques. De plus, une compétition féroce et une guerre de marché existent entre les compagnies de produits naturels et celles de produits pharmaceutiques. Ce qui est pernicieux dans la médication, ce sont les effets secondaires et la dépendance.
D’aucuns doutent des bienfaits et de la révolution apportés dans le monde médical par la découverte de médicaments. De nombreuses maladies ont été vaincues, l’espérance de vie s’est accrue considérablement et le confort de nombreux patients s’est grandement amélioré. Ce que plusieurs dénoncent, ce sont les prescriptions automatiques de médication, le monopole des groupes pharmaceutiques, la pression indue du lobby pharmaceutique exercée sur le monde médical et sur les gouvernements évidemment. La protection du public et la santé de la population doivent être premières sur la prise outrancière de médicaments.
Nous savons tous que nous mourrons de quelque chose un jour mais nous ne sommes pas obligés d’en hâter sa venue. Entre vous et moi, nous sommes nés pour vivre en santé; la maladie n’est pas normale au fond. Nous devenons malades en grande partie à cause de notre ignorance et des habitudes néfastes acquises depuis notre enfance. On entend trop souvent : « Il faut bien profiter de la vie !» Mais quelle vie? Nous devenons en quelque sorte ce que nous mangeons, ce que nous consommons au quotidien. La prescription et la consommation abusives de médicaments sont, à certains égards, aussi inquiétantes que la maladie elle-même. Le Canada n’est pas le seul pays où règne la surconsommation de médicaments. En France, dans 90% des cas, les consultations de généralistes se soldent par une prescription, contre 72% en Allemagne ou 43% au Pays-Bas. Il y a donc une certaine urgence à la vigilance. Il me semble qu’il faudrait prescrire moins et mieux. En fait, trop de médicaments risquent sans doute de tuer le médicament. Après tout, grand-maman Alma, je m’ennuie un peu de votre sirop qui me fait grimacer.