La réplique du premier ministre, il va sans dire piqué au vif, n’a pas tardé : mise en demeure expédié à Marc Bellemare et enquête publique sur le processus des nominations des juges. Jean Charest a déposé une poursuite au civil de 700 000$ pour dommages et intérêts, rien de moins. Bombardé de questions par les partis d’opposition, le premier ministre est demeuré ferme et il n’a pas bronché, tel un monument bétonné et fortifié. Il n’a pas flanché devant les montées aux barricades des membres de partis d’opposition. Et ce n’est pas terminé mes amis! L’arrivée du printemps ne semble pas trop prometteuse en attraits pour le monde politique et la magistrature en pleine déconfiture. Les déclarations de l’ex-ministre de la justice (2003-2004) viennent miner le coeur même de notre système parlementaire. C’est toute la crédibilité de la classe politique et de notre système judiciaire qui est mise en doute, voire en accusation. Que les révélations soient vraies ou fausses, l’État québécois dans ses pratiques est entaché.
Depuis les audiences de la Commission Gomery, les malversations de la Caisse de dépôt et de placement du Québec, les fraudeurs cravatés du monde financier, les bonis exorbitants versés, en pleine récession, aux dirigeants de grandes entreprises, on peut se demander avec raison où sont les valeurs morales et l’éthique professionnelle dans ce monde un peu déboussolé par toutes ces révélations fracassantes. Il y a des limites au trafic d’influences, à la corruption et à la fraude. Il est temps de mettre fin à la récréation! Les révélations étonnantes et accablantes de Maître Bellemare viennent de discréditer les fondements démocratiques de nos institutions publiques. En qui mettre notre confiance mes amis? De sondage en sondage, les politiciens se retrouvent au bas de l’échelle dans un ordre d’appréciation et de crédibilité selon la perception de la population. La crédibilité des politiciens est en chute libre et celle du gouvernement Charest enregistre son plus bas niveau. C’est très sérieux ces allégations, même graves, car la crédibilité de notre système judiciaire est en jeu. C’est du jamais vu sur la colline parlementaire!
Ce tremblement de terre politique soulève plusieurs questions de fond. Tout d’abord, pourquoi l’ex-ministre libéral Marc Bellemare sort de l’ombre six ans plus tard? Pourquoi un tel empressement dans la création d’une Commission d’enquête sur le processus de nomination des juges? Pourquoi avoir refusé de créer une commission d’enquête sur la construction réclamée depuis des mois? Jean Charest vient de nommer ce mercredi l’ex-juge Michel Bastarache à la tête de cette fameuse commission d’enquête dont le mandat est assez étroit : le processus de nomination des membres de la magistrature. Michel Bastarache, un ancien juge de la Cour suprême du Canada, aura six mois pour produire son rapport. Nul ne doute de la compétence et de la réputation de ce magistrat exemplaire tant par sa carrière que par son apport à la magistrature canadienne.
Toutefois, plusieurs observateurs soulèvent la question de l’apparence de conflit d’intérêt de cet ex-magistrat; il est membre du cabinet d’avocats Heenan Blaikie qui reçoit plusieurs contrats du gouvernement du Québec. Il est vrai que ce dernier n’agira pas en qualité de juge, mais de commissaire, d’enquêteur mais... le doute persiste. D’autres analystes s’interrogent même sur le processus de cette nomination. Comment le premier ministre, impliqué dans ces allégations de trafic d’influence formulées par l’ex-ministre de la Justice Marc Bellemare, peut-il choisir et nommer le président d’une commission d’enquête alors qu’il est lui-même au banc des accusés?
Quoi qu’il en soit, il ne sera pas question pour l’instant d’enquêter sur le financement du Parti libéral qui en voit de toutes les couleurs présentement. C’est bien le drame de cette commission nommée à la vitesse de l’éclair et sans consultation. Cependant, il importe d’effacer le doute qui persiste dans la population sur les failles du processus de nomination des juges dans notre système judicaire qui demeure une réalité bien humaine après tout. Lionel Jospin disait : « Ce n’est jamais la Justice qui rend la justice, ce sont des juges, c’est-à-dire des hommes et des femmes susceptibles, comme tout autre de commettre des erreurs. » Des questions cependant demeurent sans réponse. Espérons que cette Commission fera lever le voile sur la vérité, car il n’y a pas d’ordre social véritable sans la justice.