En cette fin de mars qui nous a offert un petit soubresaut hivernal quelque peu frisquet, les chrétiens et les catholiques ont débuté dimanche dernier la Semaine sainte qui culminera avec la grande fête de Pâques sur un fond ténébreux de scandales. Une semaine centrale au coeur même de la foi chrétienne, peu importe notre dénomination d’appartenance. Tout au long de cette semaine qui débute par le dimanche des Rameaux, célébration soulignant l’entrée solennelle du Christ à Jérusalem, les croyants revivent les événements centraux du christianisme : l’institution de l’Eucharistie et du sacerdoce, la Passion du Christ et sa mort sur la croix, la vigile pascale et la fête de la résurrection du Christ à Pâques. Saviez-vous qu’une personne sur trois à travers la planète adhère au christianisme et à son message? Pour leur part, les catholiques représentent 1 milliard 147 millions de personnes dans le monde. Depuis trente ans, le nombre de catholiques est en progression de 45% un peu partout sur la planète. On compte quelque 409 000 prêtres et 5 000 évêques à travers le monde. À elles, seules, les religieuses catholiques se chiffrent à près de 740 000 sur tous les continents. En fait, près de 50% des catholiques se retrouvent dans les Amériques. Elles sont là mes amis nos racines; notre coin de terre d’Amérique s’est développé sous la mouvance du christianisme.
Depuis quelques semaines, cette puissante organisation planétaire vit un cauchemar, une sorte de tsunami sans précédent qui atteint de plein fouet le chef spirituel de l’Église catholique. Le pape Benoît XVI vit ces jours-ci un pontificat des plus difficiles depuis les nombreuses révélations dans des pays occidentaux de victimes de sévices sexuelles par des prêtres et des membres de communautés religieuses. C’est tout un chemin de croix pour ce pape germanique! Les médias n’ont pas manqué de révéler sur tous les tons et sans retenue ces situations scandaleuses qui remontent souvent à plus de 40 ans. La semaine dernière la chancelière allemande Angela Merkel n’a pas manqué de souligner vivement que les agressions sexuelles se retrouvent aussi en grand nombre dans les autres secteurs de la société. Tout un débat en perspective!
Il est certain qu’au sein d’une organisation humaine comptant plus d’un million et demi de prêtres, de religieux et religieuses à travers le monde, tout n’est pas parfait. Des fragilités humaines, nous en retrouvons partout. Nous le savons tous, les déviations sexuelles ou fragilités psychologiques n’arrivent pas avec l’entrée au séminaire. Elles prennent leur source dans les profondeurs et les secrets de l’enfance, dans l’histoire et l’évolution familiale, dans l’environnement social et culturel ambiant. Il n’est pas facile de détecter ces fragilités chez des individus qui se présentent au sacerdoce ou à la vie religieuse. Il va sans dire, les actes de pédophilie ne sont pas l’apanage du célibat ecclésiastique. Est-ce que tous les célibataires vivant au Québec sont des pédophiles en devenir? Saviez-vous que depuis les années 60, on a assisté à une augmentation régulière et massive du nombre de célibataires. Selon Statistiques Canada, la proportion de personnes vivant seules a doublé entre 1966 et 2007... ce n’est pas rien!
Combien d’hommes mariés et pères de famille sont pédophiles ...? Selon de nombreuses recherches, il est prouvé que la majorité des pédophiles sont des hommes mariés ayant des enfants. Le mariage ne sera jamais la panacée contre la pédophilie. A-t-on moindrement levé le voile chez nous sur les cas d’incestes, d’abus d’entraîneurs sportifs, de psychologues douteux et de professeurs plus qu’aventureux? Les nombreuses déclarations et commentaires diffusés au cours des dernières semaines mériteraient évidemment bien des nuances. L’analyse de certaines révélations ou de cas d’abus, sans minimiser leur gravité, doivent se faire avec précautions et sans exclure les éléments historiques.
Au fait, notre société devenue plus que permissive, hédoniste et exhibitionniste ne favorise-t-elle pas davantage aujourd’hui toutes ces déviances et ces abus? Tout semble permis et sans limite dans ce Québec des accommodements pas toujours raisonnables. De récentes études démontrent que les prédateurs sexuels n’ont pas le profil de ces vieux célibataires louches à la mine intrigante, mais de jeunes internautes accros de sites pornographiques et de rencontres qui n’ont rien à voir, il va de soi, avec la religion catholique. En cette Semaine sainte, l’Église catholique a de quoi réfléchir sur son passé certes peu glorieux à certains égards, mais aussi à regarder vers l’avant en mettant des balises plus strictes dans l’acceptation d’éventuels candidats à la prêtrise et à la vie religieuse. Un défi de taille dans une société où il y a de moins en moins d’appelés et encore moins d’élus.
Dans toutes ces révélations tristes et décevantes du passé, ce n’est pas la foi au Christ qui est ébranlée, mais davantage l’institution qui a pris un sacré coup de vieux. Il ne faudrait toutefois pas éclabousser tout le clergé qui tant bien que mal essaie de garder vive l’espérance qui lui est confiée. Que ceux qui sont reconnus coupables, comme bien d’autres dans la société, paient pour leurs erreurs. L’Église d’ici est invitée plus que jamais.