Par les temps qui courent, le Québec voit rouge pas uniquement à l’Assemblée nationale. Notre déficit collectif atteint une somme astronomique qui nous classe parmi les cinq nations industrialisées les plus endettées sur la planète. Un record peu enviable pour une nation qui s’est targuée d’être la plus progressiste et innovatrice en Occident. Il faudra refaire nos devoirs! Il est vrai que notre patrimoine collectif est riche et presque inépuisable en ressources naturelles. Mais voilà que le ministre Raymond Bachand dépose son premier budget en mettant de l’avant ce qu’il appelle une « révolution culturelle ».
Selon ce budget révolutionnaire, le changement de culture dans les services publics se résume en gros à « l’utilisateur payeur ». La gratuité légendaire des services à la population vient d’en prendre pour son rhume. Jean Charest, le fin renard politique qui sait rebondir quand il le faut, n’a jamais fait bon ménage dans le passé avec les jongleurs de chiffres. Disons que sa tasse de thé n’est pas dans l’économie, mais plutôt dans le nombre de votes qu’il pourrait récolter. Je ne sais si c’est le chant du signe de ce gouvernement, mais il vient de lancer un message assez clair à la population du Québec. Désormais, c’est dans vos poches, chers amis, que l’on va puiser ce qui manque à l’État pour fonctionner.
C’est un remède de cheval que propose le Ministre Bachand à l’économie québécoise qui traîne dans le rouge sans trop savoir par quel bout remonte la pente. L’enrichissement collectif ne se fera jamais en alourdissant le fardeau des contribuables. Le conseil du patronat a nourri d’applaudissements les mesures proposées dans ce budget minceur. Minceur pour qui? Évidemment, surtout pas pour les entreprises et les banques qui engrangent des sommes faramineuses. Le ministre se défend en affirmant que ce sont les entreprises qui donnent de l’emploi à la population. Dans une situation de déficit, ce sont toutes les instances qui doivent contribuer, se serrer la ceinture, le gouvernement y compris. Plusieurs critiquent d’ailleurs les mesures restrictives peu ambitieuses du gouvernement dans ses propres plates-bandes. C’est toujours plus facile de puiser dans les poches du petit monde! Tout y passe dans ce budget mais sans tenir compte de l’endettement des foyers québécois. Si le système de santé est en banqueroute, c’est dans un premier temps, parce qu’il est mal géré.
Les années passent et notre prétendu super système de santé perd davantage de plumes. Ça n’a plus de bon « sang »! De nombreux observateurs le redisent depuis des années, le problème majeur se situe dans la gestion de ce système dont la structure organisationnelle est complètement désuète. Mais personne ne sait par quel bout commencer tellement ce bourbier est complexe. Les études démontrent même que l’entrée de plus en plus grande du privé dans le système de santé finira par coûter encore plus cher au gouvernement et par ricochet, aux contribuables. Plusieurs analystes signalent que les multiples réformes envisagées dans le domaine de la santé n’ont jamais réussi à lever de terre et à régler notre système lézardé de toutes parts.
La tentation est grande de puiser dans la poche des utilisateurs. C’est la recette novatrice du ministre Raymond Bachand pour régler le manque à gagner dans la santé et colmater ce gouffre financier qui ne cesse de s’élargir avec le vieillissement de la population. En fixant une franchise de 25 $ la première année et qui atteindra 200$ en 2012, le gouvernement vient de se mettre 945 millions dans les poches sans trop d’efforts, mais il vient aussi de se mettre l’ensemble de la population à dos. Ça va chauffer mes amis! Les manifestations ont déjà commencé un peu partout dans la province, mais tout cela ne semble pas énerver notre ministre des finances aux allures napoléoniennes.
Je me suis demandé si, en préparant ce budget, le ministre Bachand et ses fonctionnaires étaient préoccupés par l’accroissement constant de l’écart que l’on observe au Québec entre les plus riches et les plus pauvres. Est-ce le genre de société que nous voulons pour le Québec d’aujourd’hui et de demain? Malheureusement, cette réflexion ne fait pas partie des perspectives du présent budget. Il faut reconnaître tout de même les gestes courageux de ce budget, mais il importe aussi que le courage soit porté davantage par ceux qui en ont les moyens. Qui a dit déjà qu’en démocratie, la politique est l’art de supprimer les mécontentements?