Depuis la débâcle des milieux d’affaires, les scandales de nombreux politiciens et conseillers financiers, les affres de l’Église catholique de par le monde, les déboires de la Caisse de dépôt et de placements du Québec, les faramineuses ristournes des dirigeants des grandes banques en pleine récession, la corruption insidieuse dénoncée à la mairie de Montréal, rien ne va plus dans ce monde de la collusion éhontée et de la fraude sans retenue. Méfiance, doute et suspicion planent dans l’air et sapent chez plusieurs le désir d’aller de l’avant, de créer, d’innover. Avec tout cela, nous avons peur de risquer car la confiance dans nos institutions repères est de moins en moins présente chez nous!
Nous l’avons vu ces derniers jours au sein de la grande famille politique des libéraux provinciaux. Les délégués au congrès national de ce parti, qui se tenait à St-Hyacinthe la fin de semaine dernière, avaient beau servir des applaudissements nourris à leur chef incontesté Jean Charest, les conversations de corridor nageaient plutôt dans le pessimisme à la recherche d’une bouée de sauvetage. Le capitaine du navire battant pavillon rouge avait beau haranguer la foule des délégués et tenter de soulever l’exaltation sur un ton énergisant et rassembleur, le scepticisme régnait comme un épais brouillard volcanique venu d’Islande. L’affaire Marc Bellemarre vient de tirer un boulet de canon sur l’intégrité non seulement du gouvernement, mais du premier ministre lui-même. Le couvercle a été mis sur la marmite du bouillant dossier des nominations douteuses des juges par une commission d’enquête et cela dans un court laps de temps de 24 h. Étonnant, alors que la population réclame une commission d’enquête dans le secteur de la construction depuis des années. Il n’y a de fumée sans feu et sans aucun doute nous risquons de trouver anguille sous roche. Plus de 60% des Québécois y croient!
Le climat politique n’est plus à la sérénité et à la cordialité avec le Chef du gouvernement. On ne peut faire fi de toutes les tuiles qui s’abat sur ce gouvernement à bout de souffle et d’interventions à la sauvette. Nos institutions publiques perdent indéniablement de la crédibilité. Nous assistons impuissant à l’effondrement des valeurs morales, d’intégrité et de solidarité qui tissaient notre vivre ensemble il y a à peine quelques décennies. Depuis la Révolution tranquille, rien n’a remplacé ces valeurs à la fois humaines et spirituelles qui alimentaient notre vivre en société et qui étaient porteur d’un climat de confiance. Avec toutes ces malversations mises au grand jour et qui font la une et le bonheur des médias, il y a de quoi susciter un climat de morosité, de méfiance et de suspicion. Comment bâtir une société juste et responsable sans confiance?
Le premier ministre aura beau scander sur toutes les tribunes qu’il veut contribuer à la richesse collective et au bonheur des Québécois, les gestes posés sont finalement plus significatifs que les discours à l’emporte-pièce aussi éloquents soient-ils. Les crises successives que nous vivons bouleversent évidemment nos repères et minent notre capacité de nous développer harmonieusement. Pour sortir le Québec de sa morosité, il apparaît essentiel de « restaurer un climat de confiance ». La confiance est l’un des piliers de notre société que ce soit dans nos relations intimes et personnelles ou dans les sphères publiques et professionnelles.
Au fond, quels sont les leviers dans ce Québec aux allures de raccommodements raisonnables qui nous permettraient de stopper la démobilisation, le laisser-faire et de redonner confiance? Un climat de confiance, cela se construit au fil des jours par des relations sincères et une honnêteté sans faille. Oui, dissiper ce nuage de suspicion et de méfiance pour redonner confiance en soi et aux générations montantes, en ceux qui nous guident et dirigent notre destinée collective. La confiance à l’égard de son fournisseur, de son banquier, de son entreprise, en son chef d’État? Faudrait-il des modèles inspirants? Des valeurs partagées comme la transparence et l’authenticité? Avoir foi en l’être humain?
S’il y a un mot bien à la mode au cours de cette dernière décennie, c’est bien celui de l’éthique. Au-delà des comités de surveillance sur les questions d’éthique et des commissaires à l’éthique instaurés dans les grandes institutions publiques, c’est la pratique au quotidien qui compte. Ne faudrait-il pas orienter nos actions, nos décisions, nos projets vers leur finalité essentielle sans céder à l’urgence, au goût du jour, à la mode de l’éphémère et à l’appât du gain? Ce n’est pas sur l’argent qu’il faut fonder la valeur de nos rapports et de notre avenir collectif. En jetant un regard rétrospectif sur notre histoire commune, il est bon de nous rappeler que notre terre d’Amérique a été fondée dans la confiance par des hommes et des femmes inspirés, mus par la foi en une terre de bonheur, de rêves et de liberté. Qu’avons-nous fait de cet héritage riche et porteur d’avenir?