Malgré la récession, les Canadiens ont continué à consommer largement mais surtout à crédit. L’accès facile au crédit, vous comprendrez facilement, favorise sans contredit l’endettement des foyers canadiens. Le récent rapport dévoilé mardi dernier par l’Association des comptables généraux accrédités du Canada (CGA-Canada) signale que la dette des ménages canadiens vient d’atteindre un sommet vertigineux, soit 1410 milliards à la fin de l’année dernière. Oui, oui, vous avez bien lu, il n’y a pas de zéro de trop. Tenez vous bien, ce montant équivaut à 41 700$ par personne. En regardant dans le rétroviseur, cela équivaut à deux fois et demi le montant d’il y a vingt ans. Ce n’est pas rien, il y a de quoi avoir le vertige!
Il semblerait, d’après le rapport de ces savants comptables, que le Canadiens sont des boulimiques de la consommation. « Ici et maintenant » semblent devenus les nouveaux mots d’ordre du consommateur moyen. Dire que dans le temps de mes parents, on achetait seulement lorsque nous avions le montant qu’il fallait. . La mentalité du « bas le laine » de jadis ne favorisait certes pas le risque mais évitait certainement l’endettement et la course effrénée aux gadgets de l’heure. Je me souviens que mes parents nous apprenaient dès le jeune âge à économiser pour plus tard. Aujourd’hui, l’accès facile au crédit a changé complètement notre rapport aux biens de consommation.
Chez les 18-30 ans, 64% d’entre eux possèdent une carte de crédit et 25% sont en possession d’une deuxième carte. Plus de 50% des jeunes Québécois connaissent très peu les conditions et règlements relatifs à leur carte de crédit. Une ignorance qui, malheureusement, joue trop souvent de mauvais tours aux jeunes usagers quelque peu candides ou insouciants. En somme, la dette moyenne des jeunes de chez nous s’élève à 1700$, un montant qui passe à 2200$ chez les 25-29 ans pris isolément. Les jeunes sont des proies faciles à tous ces arnaqueurs et fraudeurs de tout acabit qui, entre autre, naviguent allègrement sur la grande toile du Web. Le cyberespace est fascinant à bien des égards mais parfois troublant!
Le rapport de l’Association des comptables généraux accrédités souligne que l’achat de certains produits de consommation a fait un bond stupéfiant entre 2002 et 2009. Tel est le cas des appareils électroniques qui augmentèrent trois fois plus vite que les biens durables et semi-durables. Plus de la moitié des Canadiens empruntent pour payer les intérêts de la dette, oui les intérêts seulement. Un bon nombre de Canadiens n’arrivent plus à faire face aux dépenses quotidiennes et creusent de plus en plus le fossé de l’endettement. Ici, ne faut-il pas dénoncer la pression de certaines institutions forçant l’usage de l’emprunt pour payer la dette, reportant ainsi à plus tard l’obligation de payer le capital de l’emprunt. Selon les données du rapport, les ménages canadiens ont aujourd’hui une dette équivalant à 144% de leurs revenus, contre un ratio de 74% il y a 20 ans. Pour l’instant, on ne sent pas les effets du surendettement parce que les taux d’intérêt demeurent bas. Mais combien de temps?
En cette période de morosité et de fragile reprise économique, ce n’est pas le temps d’augmenter son fardeau financier, voire sa dette récurrente. L’horizon financier n’est pas de tout repos; en voyant ce qui se passe ces temps-ci avec la vacillante valeur de l’euro, mieux vaut veiller au grain et réfléchir à deux reprises avant de s’engouffrer dans des dépenses excessives. « Il faut vivre selon ses moyens, il ne faut pas dépenser plus que ce que l’on a dans le portefeuille.» disait fréquemment mon grand-père Georges. L’endettement massif des Canadiens et de nos gouvernements n’augure rien de lumineux.
Il est du ressort des autorités gouvernementales de sensibiliser la population aux effets nocifs, aux dangers de l’endettement. Il me semble que les institutions financières qui carburent sans cesse aux surplus exorbitants devraient avoir une plus grande conscience sociale et un code d’éthique à toute épreuve. L’ère de la surconsommation à outrance n’incite guère à l’épargne. Les générations montantes sont nées, malgré eux, avec et pour la consommation. Le chemin de l’épargne n’est pas valorisé à sa juste importance; il semble même à contre-courant de l’air ambiant. Dans ce monde éphémère des discours à l’emporte-pièce et des promesses délirantes, n’oublions jamais que les mots aussi puissants soient-ils de ces beaux parleurs endimanchés de la consommation ne paieront jamais les dettes encourues par l’humble citoyen et par nos flamboyants politiciens. Sagesse et prudence mes amis!