Ce long roman qui comporte de larges extraits autobiographiques mêle si habilement le réel, la fiction et les souvenirs qu’il devient très difficile de les départager. Sans aucune mention de date précise, on peut néanmoins supposer que le récit se situe entre les années 1925 et 1935. On pénètre dans une Chine qui n’a guère à voir avec les romans de Pearl Buck.
Cette histoire nous est contée par le fils du consul, âgé de dix ans. La Chine de l’époque, convoitée à la fois par les Français et les Britanniques est taillée en pièces par les diverses factions et les seigneurs de la guerre. Le consul est obsédé par l’idée de faire construire un chemin de fer entre Tcheng Tu et Hanoi qui lui permettrait d’être bien noté par ses supérieurs, et pourrait lui mériter un poste d’ambassadeur. Pour arriver à ses fins, il est prêt à toutes les compromissions, et même à s’engager dans des combines louches qui pourraient le mettre en danger, lui et sa famille. Cette histoire hallucinante, sur fond de violence, de cruauté et de corruption nous dépeint une Chine où la vie des petits n’a aucune espèce d’importance et où la brutalité règne en maître. Les ruses déployées par ces bandits nous font voir qu’à cette époque depuis longtemps oubliée, les malfaiteurs de l’Empire céleste auraient pu en remontrer, même à nos plus habiles mafiosos.
Le mépris et le dégoût qu’inspire Albert le consul à son épouse Anne-Marie, confèrent à ce récit une intensité dramatique qui devrait inciter le lecteur à ne pas lâcher prise et à apprécier jusqu’à la toute fin cette palpitante aventure qui nous est racontée avec un immense talent.