Ce palmarès représente toujours un suspens pour le milieu scolaire. Même s’il est abondamment décrié par les syndicats, par les commissions scolaires et par la Fédération des établissements d’enseignement privé, ce bulletin de nos établissements scolaires n’en remet pas moins en question ceux et celles qui gèrent le quotidien de nos écoles et de nos enfants. Mais que nous apprend de nouveau ce fameux palmarès?
Il nous apprend, selon un certain nombre de critères et de calculs sophistiqués, comment les écoles secondaires du Québec se classent les unes par rapport aux autres. L’Institut Fraser affirme en se défendant bec sur ongles que c’est par souci de transparence envers les parents et les enseignants qu’elle revendique une légitimité béton pour son palmarès. Selon Monsieur Cowley, vice-principal de l’organisme : « Il y a des écoles qui ont trouvé des moyens de s’améliorer, grâce à ce classement. » Au fait, 44 établissements ont amélioré de façon significative leur position dans ce palmarès au cours de la dernière année. Ce n’est pas rien! Il est clair que ce genre de palmarès met de la pression sur le milieu scolaire et porte, entre vous et moi, un jugement parfois sévère sur la qualité et le rendement de l’établissement. Il peut s’avérer à la fois un stimulant pour le milieu ou une démobilisation totale. Nous le savons pertinemment, l’école est pas mal décriée en cette période quelque peu mouvementée. Réforme après réforme, plusieurs parents et enseignants ont souvent l’impression que ça tourne en rond et que 30% des élèves décrochent toujours du système en vigueur. Il y a de quoi à s’interroger sur la situation non?
Tous les grands bonzes de ce monde le proclament : l’avenir d’un peuple passe par la qualité de son éducation. Nous le savons tous, l’éducation est la cheville ouvrière de l’évolution et du rayonnement d’un pays. Or le Québec s’empêtre malheureusement dans d’interminables dédales bureaucratiques de technocrates qui n’ont jamais mis les pieds dans une classe. Plusieurs remettent en question, et pour cause, l’énorme machine imprimante et parfois déprimante des commissions scolaires. De récentes études et des expériences concrètes démontrent que l’abolition ou une réduction significative des commissions scolaires redonnerait du tonus au système scolaire. Cela dégagerait certes un important magot qui servirait à retaper un système à bout de souffle. En 2010-2011, le budget du MELS s’élève à 14,8 milliards de dollars, en hausse de 277 millions. Ce sont les réseaux préscolaire, primaire et secondaire qui récoltent la grosse part du gâteau avec 57% du budget.
Mettons-nous dans la peau des parents qui envoient leur enfant dans la 446e école du palmarès, au bas de l’échelle quoi; ou encore de l’adolescent qui se retrouve dans l’école figurant au peloton de queue de tout le système scolaire. Il n’y pas de quoi remonter le moral! Mais au-delà des chiffres, de nombreuses écoles secondaires ont fait des progrès considérables en mettant toutes les ressources du milieu à développer une approche relationnelle plus vraie et différente avec les élèves. Tout est relation en éducation; l’art de créer des liens, il va sans dire, n’est pas donné à tous les éducateurs du milieu scolaire, mais c’est la base. Bien au-delà des programmes, c’est cette capacité de susciter la confiance, le respect, le désir d’apprendre et la joie de réussir qu’il faut retrouver dans nos écoles secondaires du Québec.
L’école québécoise dans son histoire n’en est pas à une réforme près. Tant de choses ont bousculé cette institution du savoir. Chose certaine, elle semble être en deçà des attentes des Québécois en général. Dans son étude, l’Institut Fraser note deux tendances très inquiétantes : notes gonflées et baisse des performances en mathématiques. Eh oui, certains établissements pour faire bonne figure ont pris l’habitude d’accorder à leurs étudiants des notes supérieures à leur performance réelle; un écart moyen de 3,3% de plus. L’objectif de notre système d’éducation n’est pas de donner des diplômes, mais d’instruire et de former qualitativement des jeunes. Ce n’est pas en réduisant les exigences que l’on améliorera la société. De plus, on constate malheureusement une baisse dans le rendement en mathématiques, cette matière si importante dans ce monde de la technologie et des bidules électroniques. Selon l’Institut Fraser, « la moyenne des élèves québécois en mathématiques a baissé de cinq points. »
Il semble de plus en plus évident, selon certains experts, que l’école québécoise n’est plus le lieu du haut savoir, de l’excellence, de l’effort et de la persévérance. Selon des documents obtenus par le journal 24 h, en vertu de la loi à l’information, le journaliste Jean-Marc Gilbert a constaté que malgré les nombreuses mesures pour encourager la réussite scolaire, il est étonnant de constater que les résultats aux examens préparés par le ministère stagnent : aucun progrès depuis 15 ans! Imaginez, il n’y a eu « aucune amélioration réelle entre 1996 et 2009, autant aux taux de réussite et à la note moyenne obtenue que ce soit en français, en anglais, en mathématiques ou en histoire. » Décidément, l’école québécoise serait-elle prête pour une nouvelle réforme?