Au cours des trois trimestres précédents, ces grandes banques ont accumulé des bénéfices de plus de 15 milliards $ (G$). On dit bien 15 milliards $, ou 15 000 millions $, ce qui laisse prévoir des bénéfices totaux de 20 à 25 G$ pour l’ensemble de l’année. Dans la conjoncture économique et financière très difficile que nous traversons depuis deux ans, on comprend facilement que les pauvres épargnants consommateurs crient au vol, en voyant les bénéfices « mirobolants », « scandaleux » et « indécents » qu’accumulent les banques, en chargeant toutes sortes de frais aux usagers, tout en leur versant des intérêts ridicules sur leurs épargnes. Et pourtant…
Et pourtant, il est relativement facile de faire de l’argent avec les banques; beaucoup plus d’argent même qu’elles n’en puisent dans vos poches et dans vos comptes. Regardons comment faire pour s’approprier une part importantes de ces bénéfices « monstrueux ».
À qui appartiennent les bénéfices des banques? À qui vont ces bénéfices, dès maintenant et plus tard? À leurs actionnaires, évidemment. Votre banque vous verse des intérêts minuscules sur vos épargnes, basés sur les taux très bas d’inflation; ces minces revenus d’intérêt deviennent imposables à votre taux marginal ou maximum d’imposition, et donc éventuellement jusqu’à 48 % au Québec, pour les plus riches.
Ensuite, votre banque replace votre argent chez les emprunteurs, auprès desquels elle obtient des rendements de 7 %, 8 % et même plus encore, bien souvent. C’est de là que proviennent ses énormes bénéfices, qui iront maintenant et plus tard à ses actionnaires, sous forme de dividende et de gain de capital. Le revenu mensuel de dividende deviendra imposable à la fin de l’année, mais au pire à 30 % seulement environ. Et quand l’actionnaire revendra ses actions de la banque, il ne paiera qu’un impôt maximum de 24 % seulement, pour les plus riches. C’est ce que font les gens riches pour s’enrichir encore davantage : ils ne confient pas leurs épargne aux banques; ils achètent leurs actions.
La petite Banque Nationale, par exemple, a obtenu cette année un bénéfice de plus de 1 G$, pour la première fois de son histoire. Comme elle ne versait que 40 % de ses bénéfices annuels à ses actionnaires en dividende, contre 59 % pour BMO, la Nationale a annoncé une augmentation de 6,45 % de son dividende, pendant que le gouvernement fédéral nous annonçait qu’il indexerait ses programmes sociaux de 1,4 % en 2011, en se basant lui aussi sur l’inflation de 2010. Alors la Nationale va augmenter son dividende 4,6 fois plus vite que le taux d’inflation retenu par le gouvernement fédéral. Et c’est comme cela que les gens riches augmentent leur pouvoir d’achat : en augmentant leurs revenus (de dividende, ici) bien plus vite que l’inflation.
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