Ce n’est pas d’aujourd’hui que le débat fait rage et que les universitaires descendent dans la rue. Plusieurs visions s’affrontent dans ce débat et les perspectives de solutions concrètes sont parfois opposées, voire irréconciliables; en passant de la gratuité totale au financement accru par les étudiants. Globalement, l’Amérique du nord dans son ensemble, n’a pas dans ses gènes la notion de gratuité en matière d’éducation supérieure. Les mouvements syndicalistes et les partis politiques de la social-démocratie appuient largement les étudiants en réclamant même la gratuité totale. Quand au monde du patronat et des affaires, il considère que les étudiants doivent faire leur part, selon les dirigeants d’entreprises leur juste part. Une étude de Léger Marketing démontre d’ailleurs que les étudiants universitaires dépensent un peu trop : 56% d’entre eux possèdent une voiture personnelle; 70% dépensent 36 $ par mois en moyenne pour un service Internet, la quasi-totalité des étudiants fréquentent les restaurants sur une base quasi hebdomadaire pour un total e 39 $ par semaine. Ces chiffres lancés à la volée ont-ils vraiment du poids pour comprendre la réalité des étudiants d’aujourd’hui? S’il fallait analyser les chiffres du patronat, selon certains, il y aurait sans doute quelques données surprenantes.
La question n’est facile à trancher puisque c’est au Québec que les études universitaires sont les moins chères au pays pour les étudiants. Mais est-ce la question fondamentale? Depuis quelques années, force est de constater que la clientèle au premier cycle universitaire stagne. Devant ce constat, la compétition entre les universités est devenue féroce car la survie de certains départements dépend de la clientèle de plus en plus rarissime. C’est pourquoi les universités de Sherbrooke, de Laval et d’Ottawa sont de plus en plus présentes dans la métropole. L’Université de Sherbrooke s’est même implantée sur la rive-sud. Les universités construisent des campus satellites près des grandes villes, elles multiplient les ententes et les échanges avec des universités étrangères. Les universités sont vraiment assoiffées de clientèle. Elles sont devenues, pour plusieurs observateurs, des boîtes à sous qui se cherchent des clients qui seront servis principalement par de braves chargés de cours sous-payés. Un constat réfuté bien sûr par les dirigeants de ces institutions de haut-savoir.
En fait, à quoi serviront les hausses des droits de scolarité? Plusieurs millions passeront inévitablement dans le béton et de nouvelles infrastructures. Ne faut-il pas revoir en profondeur le fonctionnement actuel des universités? N’y a-t-il pas trop de dédoublement de facultés et de départements dans les universités du Québec? La duplication tous azimuts des départements et facultés ne nuirait-elle pas à leur bon fonctionnement? N’y a-t-il pas lieu de revoir la gestion même des universités avant une hausse des droits de scolarité? Plusieurs observateurs le pensent et le plus tôt serait le mieux. Et qui plus est, pourquoi faut-il que ce soit le gouvernement qui fixe les droits de scolarité?
Autant de questions qui restent en suspens dans le débat actuel. Chose certaine, le Québec ne peut lésiner et fafiner trop longtemps sur ce dossier devenu épineux à bien des égards La population universitaire est formée d’électeurs après tout; les élus le savent que trop bien. L’avenir du Québec passe incontestablement par l’éducation de sa jeunesse. C’était le levier et le leitmotiv des tenants de la Révolution tranquille. Cinquante ans plus tard, que sont devenues nos universités? Force est de constater un certain retard dans plusieurs domaines, une certaine fragilité qui empêche un développement à long terme. Il est bon de rappeler qu’en Ontario, 20,5% de la population est titulaire d’un baccalauréat ou d’un diplôme universitaire supérieure; au Québec, ce n’est que de 16,5% de la population. Globalement, le Québec compte proportionnellement 50% de moins de détenteurs de maîtrise et 30% de moins de doctorat qu’aux États-Unis. Et pourtant, c’est bien aux États-Unis que les droits de scolarité sont les plus élevés au monde.
Les défis sont de taille en éducation. Le triste portrait de la persévérance au secondaire et au collégial laisse perplexe. N’y a-t-il pas aussi une culture de l’effort à développer, un relance du savoir à promouvoir, un goût de la recherche à susciter, une fierté de réussir à inculquer. Le Québec de demain est déjà inscrit dans les gènes de la jeunesse d’aujourd’hui. N’oublions pas que le savoir a un prix et que tous nous devons y contribuer d’une façon ou d’une autre. C’est le présent et l’avenir de la nation qui en dépendent. Les pays en émergence misent tous sur l’éducation, ils en ont fait le point central de leur développement stratégique. C’est une valeur et un levier de premier plan. Le Québec doit redonner à l’éducation son rôle central, ses lettres de noblesse. Oui, le savoir a un prix, mais il doit également avoir du prix pour une nation!
Jean-Guy Roy