Que laisserons-nous derrière nous lors du passage à 2011 au Québec? Sans doute, d’entrée de jeu, une année assez morose, voire chaotique à bien des égards. Une année marquée malheureusement sur le plan politique par la corruption éhontée et par la collusion scandaleuse de nombreux élus. Nous vivons dans une période où les mœurs politiques et financières laissent à désirer, jetant une ombre sur le désir de faire de notre coin de pays un espace de croissance certes économique, mais aussi et surtout dans un développement respectueux de nos institutions démocratiques. Les valeurs fondamentales d’intégrité et de justice n’ont-elles pas toujours droit de cité dans ce Québec où tout projet de développement et d’innovation prend trop souvent une couleur politique?
En parlant de bilan de santé, parlons-en de la santé, plus spécifiquement de ceux et celles qui vivent au cœur de ce secteur si important de notre société. Depuis quelques années, on nous rebat les oreilles en disant que les professionnels de la santé, après leurs études, quittent le Québec au plus vite pour de meilleures conditions, rutilantes à souhait. Les médias nous apprenaient ces jours-ci le contraire dans le cas des infirmières et les médecins. Étonnant, mais vrai par-dessus le marché! Un journal titrait en page frontispice : « Nos infirmières restent au Québec ». Excellente nouvelle qui tranche avec la ritournelle habituelle plutôt pessimiste dont certains commentateurs aiment se gargariser à gorge déployée. Nous le savons tous, le monde de la santé vit depuis au moins deux décennies des coupures, des restructurations sans résultats probants à ce jour. Il y a comme un mal qui ronge le système de santé qui était perçu jadis comme l’un des plus performants au monde. De nombreux ministres de la santé assez vigoureux voulant une réforme en profondeur du système ont frappé tout un mur de résistances et ont failli à leur mission.
Nous apprenions toutefois avec joie la semaine dernière que le Québec est champion au pays en matière de rétention de sa main-d’œuvre infirmière selon l’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS). Saviez-vous que 92% des infirmières qui obtiennent un diplôme au Québec y restent pour travailler? Ce taux est le plus élevé au pays suivi de l’Ontario (91,7%) et de l’Alberta (82,5%). C’est quand même quelque chose, non! Globalement, le Canada compte 348 500 infirmières et infirmiers et le taux d’infirmières travaillant directement avec les patients est de 961 par 100 000 habitants au Québec comparativement à 924 dans le reste du Canada. Selon l’Institut canadien, les conditions économiques mais surtout la langue seraient à la base de ce haut taux de rétention. Mais rien n’est parfait dans ce monde puisqu’il faudra prévoir prochainement le départ à la retraite de 26 000 membres de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec.
Ce n’est pas tout, car nous apprenions aussi au début du mois que le Québec foisonnent comme jamais de médecins alors qu’un Québécois sur quatre cherche désespérément un médecin de famille. En 2009, quelque 68 100 médecins pratiquaient au pays, soit près de 2700 médecins de plus que l’année précédente. Il s’agit de la plus grande augmentation annuelle enregistrée depuis 20 ans. Pour sa part, le Québec fait figure de champion puisque le nombre de médecins a doublé en 30 ans. Il a passé de 10 053 en 1979 à 20 034 en 2010. Sur le plan salarial, la rémunération a fait un bond de 9,6% en dix ans au Canada, et la hausse la plus élevée est enregistrée au Québec avec une augmentation de 13,4%. Malgré la croissance de la rémunération, les médecins au Québec sont moins bien payés que leurs collègues dans le reste du Canada. L’Institut canadien révèle aussi que la profession se féminise de plus en plus. En 2009, plus de 1 médecin actif sur 3 (36%) était une femme, alors qu’au Québec la proportion de femmes médecins représente 41% de la progression. Saviez-vous que 64% des étudiants dans les facultés de médecine au Québec sont des femmes? La pratique de la médecine se conjuguera au féminin dans l’avenir.
Mais les chiffres les plus étonnants des derniers jours révèlent que les médecins aiment le Québec et qu’ils sont moins nombreux à s’exiler à l’étranger que le prétend la croyance populaire. Saviez-vous qu’il y a 203 médecins canadiens qui ont émigré à l’étranger en 2009 pour 295 qui sont rentrés au Canada. Le Québec est encore champion puisque seulement 35 médecins sont partis travailler à l’étranger alors que 45 médecins sont revenus de l’étranger. Selon le collège des médecins, il manquerait encore 1 175 médecins de famille. Ces indispensables praticiens sont ceux qui opèrent en première ligne dans les cabinets privés, les urgences des hôpitaux, les CLSC et les unités de soins palliatifs. Le Collège des médecins reconnaît maintenant, fort heureusement, la médecine familiale comme l’une des 19 spécialités de la médecine. Une reconnaissance, espérons-le, qui suscitera de nombreuses candidatures tant attendues par les Québécois en quête de médecin. Mais où sont les médecins de famille?
Nous apprenions la semaine dernière que les Québécois, malgré une certaine pénurie, sont les plus choyés au Canada, avec 221 médecins par 100 000 habitants et jusqu’à 20% plus de médecins de famille que la moyenne canadienne. C’est à n’y rien comprendre! C’est que les médecins de famille ne sont pas dans les cabinets mais dans les hôpitaux. L’an dernier, les omnipraticiens auront passé 43% de leur temps dans les hôpitaux, un sommet inégalé selon de nombreux experts. Somme toute, le Québec est le seul endroit au pays à avoir autant de médecins par habitant et le seul endroit où 30% de la population n’a pas encore de médecins de famille. Aberration, n’est-ce pas? Il est d’ailleurs prouvé que les patients suivis par un médecin de famille sont en meilleure santé et qu’il en coûte cinq à dix fois plus cher pour une visite à l’urgence qu’en cabinet. Qui réussira un jour à rendre notre système de santé plus adéquat et efficace, car les ressources humaines y sont plus présentes qu’on le pense et que certains ténors ne le laissent croire? Le bilan de notre système de santé, une affaire à suivre de près pour le bien de tous!