Une poudrière sans précédent, s’apprête à exploser dans ce vaste territoire coiffant la tête du continent africain; un printemps de liberté se lève dans cette région du monde résignée à la pauvreté et à la répression. Le monde arabe est en train de vivre, à l’instar de l’Allemagne de 1989, sa chute du mur de Berlin, l’effondrement des régimes totalitaires avilissants. Mais, nous le savons que trop bien, la liberté et la démocratie ne s’acquièrent malheureusement qu’au prix de sanglants combats. La marmite surchauffe actuellement en Tunisie, en Égypte, en Algérie, en Jordanie, au Yémen et au Soudan. L’Afrique du Nord compte 233,6 millions de population; C’est un peu moins que la population des États-Unis. Je ne serai pas étonné que le feu embrase aussi certains pays de l’Afrique subsaharienne.
Dans ces pays fortement islamistes, ce soulèvement étonne et remettra même en question les liens traditionnels entre la religion et l’État. Après le rejet du régime tunisien en selle depuis 23 ans, gouvernement répressif et pour le moins corrompu de Ben Ali, le peuple crie haut et fort ce que tout le monde vivait en silence. À son tour, l’Égypte menée d’une main de fer par le président Moubarak saute dans la mouvance libératrice qui ne se présente que très rarement dans l’histoire d’un pays. Mais le président Hosni Moubarak, allié de Washington, s’accroche au pouvoir et essaie tant bien que mal de mater le soulèvement par son armée et quelques réformes improvisées. La situation actuelle ne peut durer dans ce pays, poids lourd du monde arabe avec ses 81 millions d’habitants.
En fait, c’est tout un système corrompu que dénoncent les manifestants qui ont pris d’assaut les rues principales du Caire, de Suez et d’Alexandrie. Ils contestent un État rongé depuis trop longtemps par la fraude, favorisant surtout la proximité avec des gens d’affaires et des dirigeants politiques; un réel népotisme. Saviez-vous qu’aujourd’hui 40% des 81 millions d’Égyptiens vivent en dessous du seuil de pauvreté, c’est-à-dire avec moins de 2 dollars par jour. Pourtant, sur le papier, la puissante Égypte se porte bien par son économie dynamique et sa force attractive sur le plan touristique. L’Égypte est la deuxième destination sur le continent africain avec des recettes annuelles de plus de 5 milliards d’euros d’investissements directs de l’étranger. Comment se fait-il que le peuple souffre, vive massivement dans l’indigence? Certes, la stabilité politique attire les investisseurs, mais le problème demeure la mauvaise répartition, voire la concentration de la richesse dans les mains d’une minorité. Les dictatures ne profitent que très rarement au peuple, mais davantage au cercle privilégié proche du régime et supporteur inconditionnel des dictateurs.
Dans les prochaines semaines, il faudra surveiller de près les pays limitrophes qui sentent cette vague de changement devenue nécessaire pour la vitalité de cette région du monde. On ne peut cadenasser la prise de parole d’un peuple pendant des décennies sans provoquer le soulèvement qui éclate aujourd’hui et qui étonne le monde. Le printemps des pays arabes arrive enfin et d’où fleurira, nous l’espérons, démocratie, liberté de parole et harmonie. En scandant « Moubarak dégage! », les Égyptiens ont fait preuve de courage! Il faut saluer la détermination des populations ostracisées par des autorités indéniablement sans morale et sans compassion.
Il en sera un tantinet difficile pour les États-Unis de sortir indemnes de ce guêpier égyptien où ils se sont bien ancrés au fil des ans. Barak Obama devra jouer de stratégies diplomatiques hors du commun pour ne pas faire de faux pas car l’image du président noir n’est pas des plus reluisantes au sein des pays arabes. Les prochaines semaines seront cruciales pour l’avenir des populations dans cette région de l’Afrique du Nord. Défiants les couvre-feux, les Égyptiens savent pertinemment que la liberté est à bout de mains, qu’elle adviendra s’ils restent tenaces et solidaires. Si le peuple égyptien réussit ce revirement historique, les pays limitrophes suivront ce mouvement insurrectionnel, libérateur d’où surgira apaisement de tant de souffrances et d’exploitations. Que la liberté advienne!