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| Jean-Guy Roy - Chemin de croix en vue ! |
21 février 2011 - Ça brasse chez les Bleuets du
Saguenay! La sortie fracassante, et fort remarquée, la semaine dernière du
fougueux maire saguenéen Jean Tremblay a créé tout un remous dans une province
où la catholicité avait pris, il va sans dire selon plusieurs analystes, des
odeurs de boule à mites depuis quelques décennies. Ce petit maire au
franc-parler a fait la manchette de tous les médias du pays, a suscité même une
vague insoupçonnée de supporters et fait dérailler bien des commentateurs
quelque peu ignares en ce qui concerne notre histoire religieuse. | La combativité religieuse de ce Gaulois du Saguenay ne nous surprend guère; ses combats épiques sur cette question a fait la une à maintes reprises dans le passé. Mais disons-le franchement, il tient toutefois des propos peu nuancés cet ardent maire Tremblay; il aurait sans aucun doute besoin d’une mise à jour sur la réalité religieuse du Québec d’aujourd’hui. Quoi qu’il en soit, cette sortie du maire reflète sans doute chez un bon nombre de Québécois un malaise certain et profond devant la perte de symboles et de gestes qui ont fait ce que nous sommes. L’histoire finit toujours par nous rattraper mes amis! Il est fort reconnu qu’un grand nombre de Québécois, dit de souche, ne se sont pas sentis compris ou rejoints dans les fameuses conclusions du rapport de la célèbre Commission Bouchard-Taylor. Mais rappelons d’abord que c’est à la suite d’une plainte d’un citoyen qui s’opposait à la récitation de la prière aux assemblées du conseil municipal que le Tribunal des droits de la personne a ordonné dans son jugement de cesser la prière au conseil municipal de Saguenay et d’enlever les symboles religieux à la mairie. Le haut magistrat bagarreur de la ville, comme les Saguenéens les aiment, n’en reste pas là; il conteste cette décision en appel et sollicite des dons pour mener sa bataille. Étonnant mes amis, mais on recueille des dons de partout à travers le Québec. Mais que se passe-t-il dans ce Québec un peu mal dans sa peau?
Depuis les audiences de la Commission Bouchard-Taylor, disons-le ce grand confessionnal à ciel ouvert, qui a permis à des centaines de citoyens de se faire entendre, rien n’est réglé. Les accommodements raisonnables sont toujours au menu et de nombreux secteurs de la société essayent tant bien que mal de raccommoder avec gros bon sens ce qui est resté en plan. Lancée le 8 février 2007 par le Gouvernement Charest et dirigée par le philosophe Charles Taylor et le sociologue Gérard Bouchard, cette commission a laissé un Québec en chantier. Le volumineux rapport du 22 mai 1988 concluait qu'il n'y a pas vraiment de problème concernant la pratique des accommodements raisonnables au Québec. D’après les présidents de cette commission, il régnait davantage une crise des perceptions, un décalage entre ce qui se passe « sur le terrain » et ce qu'une grande partie de la population croit qu'il se passe sur le terrain.
Avec ce qui brasse au Saguenay, nous sommes à des années-lumière de la prétendue perception du rapport de cette commission. Le maire de Saguenay Jean Tremblay persiste et se signe toujours. Il ne lâchera pas le morceau et ce n’est pas les grands censeurs de Québec et de Montréal qui vont venir lui dire comment ça se vit dans le royaume du Saguenay. Il est clair que sa détermination fait monter aux barricades le mouvement laïque déjà réputé pour ses intransigeances. Nous avons affaire à des personnages du même gabarit, un peu fondamentalistes et entêtés. Ce brassage idéologique nous replonge sans équivoque dans la question identitaire toujours non résolu dans la belle province.
De plus en plus de Québécois prennent leur distance de tout cela, certains sont irrités par cette perte de notre héritage culturel et religieux, d’autres en ont soupé de cette arrogance du mouvement laïque qui tire à boulet rouge sur toutes les assises de l’identité chrétienne de notre société, enfin plusieurs ne savent plus où se positionner dans tout ce débat qui touche des questions viscérales. Faut-il faire disparaître toutes les croix du Québec même celle du Mont-Royal? Il faut être tombé sur la tête pour penser ainsi. La laïcité pure et dure n’est-elle pas une forme de religion déguisée? Privatiser la religion comme si c’était une société d’État dont il faudrait se départir est insensé. Le christianisme n’est pas une religion de salon! C’est fondamentalement une aventure communautaire; on ne peut vivre sa foi chrétienne tout seul, car la dimension communautaire fait partie intégrante de son identité. L’essence même de notre civilisation occidentale, son évolution, son rayonnement et encore davantage au Québec prennent leurs racines dans le christianisme. Nier cela, c’est refuser 477 ans d’histoire fabuleuse et héroïque, c’est faire une insulte à nos devanciers qui ont bâti ce pays libre et ouvert que tant de peuples admirent et envient.
Certes le maire Tremblay s’obstine un peu trop et il me semble qu’un court moment de silence pourrait s’avérer plus bénéfique qu’une prière traditionnelle. Toutefois, il me semble que le crucifix est d’un autre ordre et qu’il s’inscrit davantage dans l’héritage culturel et spirituel du Québec. Qu’on se le dise clairement, ce ne sera jamais le juridique qui pourra régler l’identité profonde du Québec, encore moins guider l’âme du peuple et de la nation. Dans quelques jours, ce sera le début du carême pour les chrétiens, un long chemin de croix semble poindre à l’horizon pour l’ardent maire de Saguenay.
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 | Citation | Ne commence pas la journée avec les blessures d'hier! |

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