En parlant de tabac, je me rappelle les soirées familiales d’antan assez emboucanées merci. La fumée de cigarette envahissait quotidiennement l’air de notre petite maison où l’on s’amusait joyeusement tantôt aux jeux de cartes, tantôt aux jeux de dames. C’était une autre époque, celle où fumer faisait presque partie de notre identité, de notre manière de vivre. Pour les membres de ma famille, cela faisait partie du patrimoine génétique. Tout y passait chez les Roy, la cigarette, la pipe, le cigare et même le tabac à chiquer. Le passage à la maturité chez nous se faisait inévitablement en ce temps-là par la cigarette; nous commencions certes à griller celle-ci d’abord en cachette, puis au grand jour. Ce temps est révolu, fort heureusement. Les nombreuses études et recherches ont permis de découvrir combien ce geste anodin de nos jeunes années était viscéralement et sournoisement dangereux et qu’il fauchait insidieusement la vie de milliers de personnes. Les compagnies de tabac ont subi toute une raclée ces dernières années lors de nombreuses poursuites judiciaires; accusées d’avoir caché des ingrédients toxiques dans leur produit, ils ont causé ainsi la mort de milliers de personnes. Des sommes faramineuses ont été versées au terme de ces procès retentissants.
Malgré les campagnes incessantes d’information sur les dangers du tabagisme, encore 22% des Québécois fument toujours. Force est de constater que malgré les politiques de contrôle du tabac reconnues à l’échelle mondiale, plus d’un tiers de l’industrie canadienne du tabac, selon les dirigeants de l’industrie, est non réglementée et illégale. Et qui plus, elle ne fait l’objet d’aucune application et n’est pas taxée. Au Québec, selon les observateurs, 40% des cigarettes achetées sont illégales. Nous le savons tous, mais il est bon de rappeler que le tabac est la deuxième plus importante cause de décès dans le monde. Le tabagisme cause actuellement la mort prématurée de près de cinq millions de personnes par année; au sein de la population mondiale d’âge adulte; en fait, il est responsable d’un décès sur dix. C’est une épidémie mondiale!
Dans le monde, c’est plus de 100 milliards de cigarettes qui sont fumées chaque année. D’innombrables études démontrent que le tabac est responsable de plus de 33% des cancers chez l’homme et de 10% chez la femme. Le tabac représente le premier pollueur des poumons : 20 cigarettes fumées correspondent au seuil d’alerte à la pollution d’une ville. Avec plus de 1,5 million de fumeurs dans la province, le gouvernement du Québec entend revenir à la charge, lors de la rentrée parlementaire, avec un projet de loi plus musclé pour contrer le tabagisme encore trop présent et éminemment dévastateur sur le plan de la santé. Des mesures plus restrictives en ce qui concerne les lieux publics et la publicité seront examinées. L’idée d’interdire de fumer dans des véhicules en présence de jeunes enfants n’est pas exclue des mesures envisagées. Le conseil québécois sur le tabac et la santé note toutefois une baisse de consommation de cigarettes près des lieux prescrits dans la loi.
Selon le ministre de la Santé Yves Bolduc, la Loi sur le tabac, telle que modifiée en 2005, est un franc succès dans l’ensemble de la province. Elle a entraîné, selon le ministre, des changements d’habitude et de mentalités qui n’allaient pas de soi au départ. L’interdiction de fumer dans les restaurants et les bars a été un acquis important pour la santé de la population. La loi est respectée, selon le ministre, dans plus de 90% des lieux fermés. Somme toute, le taux de tabagisme dans la province est passé de 34% il y a douze ans, à 22,5% l’an dernier. Les mesures misent en place ont causé des changements majeurs dans les habitudes et de le comportement de la population pour le bien de tous. Espérons que la lutte au tabagisme continuera d’améliorer notre qualité de vie commune. Oui, vivre sans fumée est possible si chacun ose poser les gestes qu’il faut. Il revient à chacun de nous de faire naître ce monde sans fumée.