On a beau clamé haut et fort la laïcité d’un pays, rien ne pourra empêcher les religions d’exister, de s’exprimer, de croître et de réaliser des œuvres caritatives. La dimension spirituelle fait intrinsèquement partie de tout être humain; tout au cours de l’histoire, elle s’est exprimée culturellement sous des formes les plus diverses, confessionnelles ou pas. Il en est de même dans ce Québec des accommodements raisonnables qui a fait couler beaucoup d’encre et de salive. Malgré l’affirmation insistante des autorités publiques d’une société prônant, à qui veut l’entendre, la primauté de la laïcité, nous assistons à une résurgence constante du religieux dans la province, particulièrement à Montréal. Les arrivées massives et successives de vagues d’immigrants ont transformé le visage du Québec, surtout de la métropole. Il s’agit de prendre les transports en commun pour réaliser combien le visage de Montréal s’est transformé et combien les Québécois dit de souche sont de plus en plus minoritaires dans cette métropole jadis aux 100 clochers. Mais détrompez-vous, la religion n’a pas foutu le camp, elle est loin d’être morte; au contraire, elle est de plus en plus plurielle et foisonne plus que jamais.
Avec la fermeture de plusieurs églises catholiques un peu partout sur l’île de Montréal, nous avons l’impression que la religion a pris le bord. Le quotidien La Presse vient de réaliser samedi dernier un dossier renversant sur le sujet portant le titre : « Montréal De 100 clochers à 1000 lieux de culture ». D’après l’auteur, il semble que le temps des cathédrales bâti à l’époque du catholicisme triomphant est en déclin. Un peu partout, des petits lieux de culte ont pris place dans des sous-sols de maison, dans des garages, dans l’arrière-boutique d’entreprises. Selon certaines statistiques, de nombreux Québécois de souche se tournent vers des spiritualités orientales ou vers des groupes syncrétiques. Ce n’est pas nouveau, mais avec l’accroissement de l’immigration, le phénomène s’est amplifié. Le Québec demeure une terre hautement spirituelle malgré les apparences d’individualisme, d’hédonisme et de consumérisme. Malheureusement la religion catholique ne réussit pas encore suffisamment à drainer cette soif spirituelle de nos contemporains. Nous apprenons dans ce dossier journalistique que Montréal est la deuxième ville au pays, après Winnipeg, pour le nombre de lieux de culte.
Selon les journalistes Marie-Claude Malboeuf et Karim Benessaieh, aves ses 1032 organismes religieux, Montréal se classe vraiment à part; elle est sans conteste une ville spirituelle où les groupes religieux foisonnent un peu partout. Les groupes évangéliques de toutes allégeances pullulent, de milliers de Québécois se convertissent, de dizaines de lieux de prière naissent un peu partout. Qui a dit que Montréal deviendrait la capitale du spirituel et de l’interreligieux au pays? Si la tendance se maintient, ce sera le cas. Il faut dire que la métropole a été un centre névralgique du catholicisme en Amérique du Nord pendant fort longtemps. L’arrivée importante d’immigrants a donné de nouveaux traits au visage de Montréal et on le doit à l’afflux d’immigrants en provenance de contrées asiatiques et arabes qui ont apporté avec eux leurs croyances et leur culture. Sur l’île de la grande métropole, on retrouve encore 64% de catholiques, 10% sans appartenance religieuse, 8% de protestants, 5% de musulmans, 5% de juifs, 4% d’orthodoxes, 2% de bouddhistes.
Il semble de plus en plus évident que le matérialisme ambiant et débordant en Occident ne réussit pas à combler l’âme assoiffée d’un peuple en quête incessante d’identité. Il est clair que le bouddhisme, l’islam, les groupes évangéliques ont des attraits incontestables sur bien des nôtres en quête de point de repères. Devant la montée et la diversité religieuses, de nombreux Québécois de souche prennent de plus en plus conscience de l’importance de réaffirmer leurs racines religieuses et culturelles. Davantage encore, ils réalisent l’importance de la spiritualité dans leur parcours de vie. Combien de gens de chez nous s’envolent chaque année avec leur sac à dos et leurs chaussures de route pour le Chemin de Compostelle? Des milliers mes amis; plus de 1250 pèlerins en 2010 ont quitté le Québec pour marcher sur la route de St-Jacques. Il appert que la recherche incessante de sa destinée, d’un sens à la vie, de paix intérieure mobilisent l’énergie de plus d’un dans une aventure hors du temps.
De toutes les époques, l’être humain cherche à donner un sens à sa vie, à son parcours terrestre. Ce n’est que dans la rencontre de soi et de l’autre qu’il y trouvera une parcelle de vérité, un faisceau lumineux qui éclairera sa route souvent sinueuse. Même dans la Grèce antique, le philosophe Pythagore invitait ses disciples à prendre la route pour approfondir leur vie et leur destinée mais il privilégiait davantage le sentier : « Délaisse les grandes routes, prends les sentiers ». À chacun de nous, de trouver le chemin de l’âme.