Depuis la sortie surprenante de ce député, qui en passant n’est pas à sa première bourde politique, de nombreux politiciens sont venus atténués les propos de l’ex-ministre jadis désavoué dans le passé à la suite de quelques frasques indiscrètes. S’il y a un sujet sensible dans ce pays, c’est bien celui de la langue. Monsieur Bernier a choisi un auditoire d’Halifax pour clamer sur les ondes d’une radio locale que la langue française n’avait pas besoin d’une loi 101 pour la protéger au Québec. Cherchait-il à plaire à son auditoire anglophone où était-il en manque d’attention du public depuis qu’il est sur la banquette arrière à la Chambre des communes? Décidément, sur quelle planète se trouve-t-il le député Bernier?
S’attaquer à la loi 101, comme l’a fait Maxime Bernier est un manque flagrant de respect pour tout le travail réalisé chez nous pour la reconnaissance du français au Québec. Aucun parlementaire québécois ne réfute l’importance de cette loi et de son apport indéniable à la collectivité. La Cour suprême du pays a d’ailleurs reconnu dans ses décisions et sa jurisprudence que le gouvernement du Québec a une responsabilité essentielle à l’égard du fait français dans la province. La protection et la valorisation de la langue de chez nous sont plus que nécessaires dans ce vaste continent nord-américain où les francophones ne forment que 2% des citoyens. C’est grâce à la législation mise de l’avant par le regretté Camille Laurin que le Québec a réussi à maintenir sa majorité francophone et sa riche culture. Nous le savons tous, rien n’est gagné d’avance dans cette dimension sensible de notre vivre ensemble.
Dans ce Québec en mutation, la langue française reste pour nous le véhicule privilégié de notre culture, de notre identité comme peuple. C’est à nous d’en faire un levier exceptionnel en ce coin de terre d’Amérique. En 2007, Statistique Canada venait ébranler quelque peu nos assises en constatant que la langue maternelle française ne cessait de fléchir numériquement; elles glissaient alors, pour la première fois, sous la barre des 80%. Le plus dramatique actuellement se dessine sur l’île de Montréal où les francophones de souche sont numériquement sous la barre des 50%. Depuis 2007, aucune mesure spéciale n’a été prise par le gouvernement pour renforcer la loi 101 et promouvoir le français Même la récente proposition du PQ d’étendre au niveau collégial les exigences de cette loi semble irriter le gouvernement en place.
Pourtant, nos ancêtres se sont tellement battus pour garder notre langue, notre culture! Depuis des décennies, des citoyens et des associations réclament une politique renouvelée de l’immigration. La majorité des nouveaux arrivants s’établissent plus souvent qu’autrement dans la grande région montréalaise et réussissent difficilement à s’intégrer harmonieusement à la majorité francophone, à apprendre un français de qualité. La question du français reste au cœur de l’avenir de la province.
En fait, tous les pays de la francophonie vivent l’érosion; l’immense vague anglophone balaie tout sur son passage. L’avenir de notre langue dépend aussi de nous, de notre volonté commune. C’est aux citoyens du Québec de s’affirmer dans les gestes et les paroles de tous les jours. C’est aussi aux instances gouvernementales de mettre en place des mesures de protection et de promotion de notre langue commune. La loi 101 doit être renforcée et le français valorisé sous toutes ses formes. Si nous aimons et si nous tenons vraiment au français, nous saurons mettre en place des moyens créatifs et porteurs d’avenir.
En hommage à Félix Leclerc, Yves Duteil chante cette magnifique chanson intitulée La langue de chez nous. Duteil y prononce ces mots si pertinents: « C'est une langue belle à qui sait la défendre. Elle offre les trésors de richesses infinies. Les mots qui nous manquaient pour pouvoir nous comprendre. Et la force qu'il faut pour vivre en harmonie. » Le génie d’un peuple, son savoir, son âme s’expriment par sa langue; encore faut-il l’aimer, bien la parler, bien l’écrire et surtout la défendre! Le député Maxime Bernier semble toutefois vivre sur une autre planète pour ne pas dire dans un autre pays. Ne faudrait-il pas qu’il imite plus souvent son chef Stephen Harper qui se fait un devoir de commencer ses prises de parole en français, et de les reprendre par la suite en anglais?