Par les temps qui courent, les automobilistes sont au désarroi. Conduire dans les rues de Montréal et dans celles du Québec tout entier, comporte des risques. Les rues de la province et particulièrement celles de Montréal sont un vrai champ miné. Il faut être très acrobatique pour .éviter de tomber dans ces milliers de cratères routiers qui tapissent nos rues lépreuses. Un vrai slalom géant nous attend tous les printemps qui, sans contredit, met à l’épreuve notre patience et surtout notre humeur. Mais voilà que la ville de Montréal prend les grands moyens pour mettre enfin ses cols bleus au travail, colmater quelque peu ces fondrières et amenuiser tant soit peu la grogne intempestive de nos automobilistes exaspérés. Imaginez, la métropole investira trois millions par année pour colmater quelque 50 000 nids-de-poule sur les principales artères. Vous avez bien lu… nous sommes loin d’un terrain de golf à dix-huit trous. Ces données ne tiennent évidemment pas compte des rues secondaires. Ouf!!!
Évidemment, toute cette calamité revient à Dame nature qui semble être la seule responsable de tous ces maux. Ne faudrait-il pas revoir aussi la confection même de nos routes et de nos rues. Nous connaissons tous au Québec depuis belle lurette l’expression « le pavage d’élection ». On se donne souvent bonne conscience par un simple recouvrement du bitume alors qu’il faudrait aller plus en profondeur. Préparez-vous toutefois car nous aurons un été chaud en perspective car l’artillerie lourde sortira à la rescousse des routes et des ponts de la belle province qui sont en état de décrépitude plus qu’avancée. Il y en aura des cônes orange et des fanions battant au vent sur nos routes. « La programmation annuelle de Transports Québec s’établit à 4,2 milliards de dollars. On prévoit poursuivre, démarrer ou compléter plus de 1700 chantiers qui se traduiront par la création ou le maintien de 56 300 emplois », lit-on sur le site officiel du gouvernement. C’est beaucoup d’argent!
Selon Transports Québec, l’état des routes s’est grandement amélioré à la suite des investissements massifs des dernières années. La proportion des chaussées en bon état atteint 72,2% et celle des structures 66%. Entre vous et moi, j’espère que je roulerai toujours sur des structures en bon état. Avec tout ce que l’on sait et que l’on ignore sur l’état réel de nos structures, il n’est pas trop rassurant de s’aventurer à vive allure dans les dédales de l’échangeur Turcot et sur le tablier du pont Champlain qui soulève bien des inquiétudes. Ils ne sont pas trop rassurantes les informations récentes sur le pont le plus achalandé au Canada avec ses 54,9 millions d’usagers par année. Selon une firme d’experts, le célèbre pont achevé en 1962 montre des signes de fragilité extrême et qu’il est urgent de le remplacer. Rien de rassurant pour les milliers de personnes qui empruntent cette voie névralgique pour accéder à la métropole tous les matins. Les ingénieurs sont assez clairs en estimant « qu’il y a un risque d’effondrement partiel du pont ou même d’effondrement d’une travée ». Assez sérieux merci!
Mais le gouvernement fédéral, situé tout de même à plus de 200 kilomètres de la structure, ne semble pas trop énervé par ces études d’ingénieurs et saupoudrera 158 millions en travaux d’urgence en signifiant que ce n’est pas si dangereux que cela. C’est le sénateur Larry Smith qui en a fait l’annonce la semaine dernière au nom du ministre des Transports, Chuck Strahl. Qui croire dans tout cela? Depuis l’effondrement du viaduc de La Concorde, rappelons-nous, qui a fait cinq morts et six blessés le 30 septembre 2006, le gouvernement a pris au sérieux l’urgence de la situation; un remède de cheval s’imposait à notre réseau en piteux état. Mais il aura fallu malheureusement des morts et des blessés pour que les choses bougent. Qu’attend le gouvernement fédéral? Une catastrophe?
Il ne faut pas seulement boucher les nids-de-poule et démolir les infrastructures désuètes, mais aussi il faut comprendre qu’une vision d’avenir s’impose dans ce secteur indispensable à la collectivité. Ne faut-il pas plus que du «patchage» d’élections pour apporter sécurité et développement? L’écrivain et chansonnier Pierre-Jean Vaillard disait: «S’il y a tant d’accidents sur les routes, c’est parce que nous avons des voitures de demain, conduites par des hommes d’aujourd’hui sur des routes d’hier.» Il n’y a pas que le béton qui compte!