Que de parties de ballon-chasseur, de hockey bottine et de drapeau jouées avec peu de matériel dans la petite rue de mon enfance. À corps perdus, nous nous dépensions sans compter et sans trop de questionnement sur notre futur. Le Québec s’éveillait à la modernité, l’avènement d’une société nouvelle laissait présager un monde de rêves à l’infini. Nous étions en quelque sorte les futurs agents de ce développement phénoménal qui n’attendait que notre adhésion mais surtout notre engagement. Je me souviens, tous les soirs, nous nous retrouvions entre amis dans la rue devant chez moi pour s’éclater au cours d’un jeu improvisé. L’oisiveté n’avait pas d’emprise sur nos jeunes années et qui plus est, les autorités religieuses de l’époque ne laissaient rien au hasard, loin de la fainéantise. Que reste-t-il quarante ans plus tard?
Il va sans dire, bien des rêves légitimes se sont évanouis et quelques illusions de jeunesse sont tombées bien à plat. La modernité a certes propulsé le Québec à l’avant-scène internationale faisant d’elle l’une des nations les plus industrialisées au monde et des plus progressistes dans de multiples domaines. L’enrichissement collectif amène, nous le savons tous, quelques dérives idéologiques et le délaissement de certaines valeurs traditionnelles. Le Québec a connu un revers assez costaud au lendemain de la Révolution tranquille. Quoi qu’il en soit, les Québécois n’ont toujours réglé leur question identitaire et pataugent toujours tant bien que mal dans des accommodements raisonnables encore mal tolérés par la majorité.
Le Québec a changé, il a vieilli; en fait, il est un peu plus pépère. Devant le vieillissement rapide et continu de la population, les jeunes ont de moins en moins d’espace. Minoritaires, ils sont à l’image de leur époque où s’expriment l’individualisme blindé, le confort plus que parfait, les nouvelles technologies, les familles reconstituées, le manque de point de repères. Rien de facile pour y combattre l’oisiveté! Selon le Bulletin de l’activité physique publié hier, les jeunes Canadiens ne font que 14 minutes d’activité physique entre la fin des classes et le repas du soir. Il n’y a pas de quoi dépenser le trop plein d’énergies et le stress accumulé. En fait, selon le bulletin, de 15 h à 18 h, les moins de 18 ans consacrent 92% de leur temps à des activités sédentaires ou légères. Saviez-vous que les enfants et les adolescents passent au moins six heures par jour devant un écran et sept heures la fin de semaine? C’est énorme!
Il ne faut pas se surprendre du taux impressionnant d’obésité chez les jeunes. Selon « les données anthropométriques mesurées en 2004, plus d’un jeune sur cinq présente un surplus de poids » déclare le Ministère des la santé et des services sociaux du Québec. En fait, 15,5% des enfants et adolescents présentent de l’embonpoint tandis que 7,1% souffrent d’obésité ». La problématique grossit à vue d’œil. Elle s’est accrue chez nous de 55% en 25 ans chez les jeunes. Entre vous et moi, les jeunes prennent du poids… comme le reste de la société. C’est un problème planétaire! L’Organisation mondiale de la santé parle même d’épidémie.
Au banc des accusés, il va sans dire: la sédentarité, l’abondance de nourriture riche, la taille des portions. Combien de restos assoient leur notoriété sur la quantité? Il est clair que depuis les années où la rue de mon enfance était notre terrain de jeux, notre mode de vie a fondamentalement changé. Prêt-à-manger, manque de temps pour cuisiner, malbouffe, horaires éclatés. Les repas en famille sont de plus en plus rares. Bien que le gouvernement du Québec ait mis en place un programme interministériel il y a quelques années pour lutter contre l’obésité chez les jeunes, il reste beaucoup à faire. De nombreux parents se plaignent du manque d’activités physiques dans la vie de leurs enfants et réclament plus d’heures consacrées au sport à l’école. Mais il revient aussi aux parents d’y mettre le temps pour vivre avec leurs jeunes des activités saines et sportives.
Nous connaissons tous les effets pervers de l’embonpoint. À long terme, ces jeunes risquent de souffrir de l’hypercholestérolémie, d’hypertension, de maladie cardiovasculaire et de diabète sans compter les conséquences psychosociales inhérentes au surplus de poids. L’obésité chez les jeunes Québécois est devenue, au cours des dernières années, un problème de santé publique susceptible d’hypothéquer la santé et la qualité de vie de toute une génération. .Prenons garde car les différentes formes d’oisiveté peuvent facilement s’esquiver sous le vocable de confort. Il ne sera jamais trop tard pour se prendre en main et de faire un peu plus d’activités physiques. Allez, « lève-toi et marche! » disait le célèbre Nazaréen il y a plus de deux mille ans.