L’élection de l’équipe néophyte et incongrue de Jack Layton est étonnante. L’effet du bon Jack a séduit sans contredit l’électorat québécois. Et ce n’est pas moins de 58 députés néo-démocrates du Québec qui prendront la route d’Ottawa ayant dans leur bagage aucune expérience politique et pour certains, une mince expérience de vie tout court. La totalité de la députation québécoise franchira la colline parlementaire pour entrer dans un monde quasi inconnu. Imaginez, le député de Sherbrooke Pierre-Luc Dusseault, âgé de 19 ans seulement, termine à peine son cegep. Il n’est pas le seul dans cette situation car d’autres députés .étaient encore sur les bancs de l’université. Plusieurs d’entre eux n’ont pratiquement pas fait de campagne et ne possédaient aucun local. En fait, si Michael Ignatieff s’était présenté sous la bannière NPD, il aurait été élu haut la main! Au fond, les Québécois ont tourné le dos au Bloc et aux anciens partis fédéraux. Ils ont risqué une troisième voix fédéraliste. Que réservera-t-elle?
Le discours de Jack Layton en fin de soirée électorale était à l’image de l’homme, un peu naïf et surréaliste. Dans l’euphorie du moment, il promettait plein de changements sachant bien qu’il sera dans l’Opposition officielle pendant quatre ans, face à un gouvernement majoritaire assez fort merci! Je pense que le bon Jack ne saisissait pas encore qu’en cette position, il ne pouvait pas livrer la marchandise. C’est cela le drame de cette élection pour les Québécois car 80% d’entre eux n’ont pas voté pour Harper et ce dernier obtint assez aisément une forte majorité. Il a réussi sans le Québec qui se retrouve dans l’Opposition pour les quatre ans à venir, comptant à peine six députés du parti au pouvoir. Décidément, les Québécois ont changé la couleur de sa députation pour avoir moins de pouvoir en ayant comme consolation la paix électorale. Il est clair que la situation d’un gouvernement minoritaire est fragile, mais avantageuse en gains pour les partis d’opposition.
Le réel gagnant de cette élection fédérale, c’est bien Stephen Harper, qu’on l’aime ou pas. Il obtint la majorité tant désirée qu’il avait d’ailleurs souhaitée et martelée des milliers de fois tout au long de la campagne. Avec sa confortable majorité au Sénat et aux Communes, il en fera à sa guise devant un Jack Layton encore euphorique de ses 103 députés mais sans réel pouvoir, quasi impuissant devant la machine conservatrice bétonnée par les récents résultats. N’ayez crainte, Stephen Harper ne lésinera pas avec les projets de lois et les politiques qui lui tiennent à cœur. Sa victoire éclatante, il la doit bien entendu à l’Ontario qui s’est laissé séduire par ce conservatisme sécuritaire et la peur du spectre d’une coalition mal ficelée des partis d’Opposition. Il a gagné son pari qu’il savourait d’un large sourire, peu habituel, lors de son discours de grand vainqueur. Le 2 mai dernier, les Québécois ont montré d’une manière presque surréaliste la porte à de nombreux députés bloquistes, conservateurs et libéraux. Outre la paix électorale pendant quatre ans, qu’aura gagné le Québec dans cette élection? Apparemment, peu d’avancées.
Que deviendront les libéraux et les bloquistes? Ces deux partis se sont effondrés numériquement; ont suivi, comme il fallait s’y attendre, les démissions de Gilles Duceppe et de Michael Ignatieff. Les prochaines semaines apporteront sans doute quelques réponses. Il est assez clair que le Bloc voit son avenir limité d’ici quatre ans. Pour le parti libéral, une réflexion en profondeur s’impose; avec ses 34 députés, celui-ci ne peu plus se prévaloir de sa dimension nationale. Espérons que Stephen Harper, comme il le prétend, sera le premier ministre de tous les Canadiens. Le romancier écossais Robert Louis Stevenson disait : « La politique est peut-être la seule profession pour laquelle nulle préparation n’est jugée nécessaire. » Cette élection aux allures quelque peu cracker jack en est une vivante preuve, du moins au Québec.