Mais M. Carney s’est bien gardé de dire quand les taux allaient augmenter, ni à quelle vitesse, et encore moins jusqu’à quelle hauteur. Normal aussi : le gouverneur et ses collègues ne contrôlent pas l’évolution de l’économie canadienne, et encore moins de l’économie mondiale; ils se contentent de réagir son évolution, la seule chose qu’ils peuvent faire.
Depuis plus de deux ans, les taux ont atteint un niveau tellement bas, qu’ils ne peuvent pratiquement plus baisser. Ils ont donc beaucoup plus de chances d’augmenter, que de baisser encore. Ça, c’est la théorie.
Quand une banque centrale veut stimuler l’économie, elle abaisse ses taux directeurs d’intérêt, pour favoriser la consommation et l’investissement. Quand l’économie semble vouloir surchauffer, la banque augmente les taux d’intérêt, pour freiner la consommation et l’investissement, et inciter les consommateurs et investisseurs à épargner davantage. C’est devant cette dernière situation, que se trouvent maintenant les banques centrales.
Mais dans la pratique, il faut aussi regarder les décisions que prennent les détenteurs de capitaux : banques, compagnies d’assurances, grandes caisses de retraite, etc. Jeudi dernier, par exemple, ces gestionnaires qui contrôlent des milliards de dollars, ont accepté de prêter de l’argent à 2,90 % pour des obligations de dix ans… Vous avez bien lu : 2,90 % pour des obligations de dix ans, celles qui servent habituellement de point de référence pour les marchés boursiers. Pour des obligations de trente ans, émises habituellement par les gouvernements fédéral et provinciaux et leurs filiales, Hydro-Québec par exemple, les taux d’intérêt n’ont atteint que 4,15 %. Pas de faute de frappe là non plus : il s’agit bien de 4,15 % pour des obligations de trente ans.
La société chargée de rassembler les 1,9 milliards $ pour la construction du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM), a émis la semaine dernière, des obligations pour quarante ans. La Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) en a achetées pour un peu plus de 400 millions $, mais n’a pu obtenir que 6,7 %... pour quarante ans. Mais cela n’a pas fait les manchettes, le marché obligataire étant beaucoup moins spectaculaire que le marché boursier, même s’il se transige quotidiennement huit à dix fois plus d’argent sur le premier que sur le second.
Quand on dit que les taux d’intérêt vont demeurer très bas pendant encore très longtemps, c’est cela que l’on veut dire. Les épargnants qui ont obtenu 4 ou 5 % pour des certificats de placement garantis (CPG) il y a quatre ou cinq ans, vont maintenant se faire offrir des taux deux ou trois fois plus faibles dans quelques mois, au moment de renouveler ces CPG. Pour des rendements dignes de ce nom, ils vont devoir regarder ailleurs.
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