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Guy Loubier - Devrions-nous envier nos voisins ?

Vu l’abondance de nos nids de poule et la vétusté de nos infrastructures, porterions-nous un regard envieux du côté de l’Oncle Sam? Hélas, le portrait y est peut-être encore moins reluisant.

 

Au cours de la dernière décennie, les infrastructures se sont dégradées aux Etats-Unis par comparaison à celles d’autres pays. À ce chapitre, nos voisins occupent le 23e rang, entre l’Espagne et le Chili. Ses routes, ses chemins de fer, ses ports de même que ses aéroports sont jugés médiocres.

La congestion du trafic dans les plus grandes villes américaines dépasse celle de villes comme Copenhague et Berlin.

Autre constatation : les chemins de fer américains ne roulent guère plus de 70 milles à l’heure, alors que le TGV en France peut circuler à plus de 200 kilomètres à l’heure.

En matière de transport aérien, la performance laisse aussi nettement à désirer. A cause d’un système de surveillance basé au sol, les avions sont contraints d’emprunter des routes inefficaces afin de pouvoir rester en contact avec les contrôleurs. En raison du manque de précision du systeme, les contrôleurs doivent maintenir une plus grande distance en ce qui a trait au trafic aérien, ce qui se traduit par un nombre moindre d’avions pouvant voler à l’intérieur de l’espace disponible.

Facteur aggravant : la population des Etats-Unis devrait s’accroître de 40% au cours des quatre prochaines décennies, soit l’équivalent de la population totale du Japon.

Dans une Amérique qui se targue moderne les sommes affectées au transport terrestre et maritime ne représentent que 2,4% de son PNB au regard de 5% en Europe et de près de 9% en Chine. Autre donnée intéressante : en 2006, les Etats-Unis ont investi en nouvelle construction plus de deux fois par personne qu’en Grande-Bretagne. En revanche, le Royaume-Uni a investi 23% de plus par personne pour l’entretien de son réseau routier.

Les grands pays d’Europe et le Japon investissent beaucoup plus pour leurs réseaux ferroviaires que les États-Ùnis bien que leurs populations sont moins nombreuses et que les distances à  parcourir soient beaucoup moins grandes.

Les revenus en perte de vitesse sont un autre facteur négatif du problème. La taxe sur l’essence aux Etats-Unis est faible et elle n’a pas augmenté depuis 1993. En outre comme  la valeur réelle de la taxe a fléchi, le coût de la construction et de l’entretien des infrastructures a considérablement augmenté. Signalons en passant que le Canada ne fait guère mieux, car il occupe l’avant-dernier rang à ce chapitre. En revanche un pays comme L’Allemagne avec un territoire beaucoup plus petit,  a adopté une formule différente. Y posséder une voiture coûte deux fois plus cher qu’en Amérique, en raison de taxes plus élevées sur les voitures et l’essence et des frais plus onéreux pour les permis de conduire. Pourtant, cette façon d’agir n’a pas empêché les Allemands d’être le pays le plus prospère de l’Europe. Ces mesures se sont traduites par un système de transport beaucoup plus financièrement durable. A titre d’exemple, en 2006, toutes les taxes routières et autres ont rapporté plus de 2,6 fois, les sommes consacrées à  la construction et à l’entretien des routes. La même année, les taxes routières anx Etats-Unis n’ont couvert que 72% des sommes consacrées aux routes. 

Au Québec, nous n’avons pas à pavoiser non plus car environ 35% de nos infrastrures sont à refaire. Le problème n’est pas le manque d’argent. Ce qui manque essentiellement  ce sont  la fermeté dans l’exécution, la coordination des efforts, une vigilance beaucoup plus soutenue, des instruments de détection plus adéquats et une meilleure formation des inspecteurs. Une surveillance plus fréquente aurait sans doute permis de conserver le pont Champlain plus longtemps et à moindre coût qu’il n’en faudra pour le reconstruire.


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