Le célèbre Gilles Vigneault chante avec sa voix rugueuse et plein de charme : « Les gens de mon pays, ce sont gens de paroles et gens de causerie » Oui, la parole donnée avait tout son sens et son pesant d’or il n’y a pas si longtemps. À l’époque de mon grand-père, dans le rang 3 de St-Fidèle de Restigouche, on ne passait pas de contrat devant notaire; on s’entraidait et on s’épaulait. La parole donnée, c’était sacrée. Le monde a bien changé me direz vous!
Sur le plan politique, par les temps qui courent, les discours et les promesses se suivent comme peau de chagrin. C’est le thème de l’économie qui prime avant tout; il n’y a plus d’âme et de passion chez nos politiciens. Cette passion qui soutient une vision, un regard plus ample qui ouvre une fenêtre inédite vers demain, qui donne espoir quoi. Nous faisons face, malheureusement trop souvent, à des gérants d’estrade qui disent savoir compter. La seule évocation des malversations frauduleuses, des conflits d’intérêts et des dérapages idéologiques, nous font certes douter mais brossent tout de même un tableau assez cynique merci de cette noble enceinte aux allures de foire-en-poigne et de cirque.
La nouvelle cuvée d’élus vient tout juste de faire son nid dans la capitale du pays avec, il faut le comprendre, une nervosité sans pareille pour les nouveaux venus toujours étonnés de leur propre élection sous la vague orange du 2 mai dernier. Il y a peut-être quelques jeunes loups qui sauront rehausser les débats qui trop souvent manquent de vision et de profondeur. Pour de la vision et de la passion, il faudrait sans doute relire les discours enflammés des hommes politiques tels que les John McDonald, Wilfrid Laurier, Mackenzie King, etc. Il me semble que les discours ampoulés de nos politiciens modernes, souvent rédigés par des adjoints de cabinet, apparaissent trop souvent fades et insipides. « Autres temps, autres mœurs » dit-on! On voit apparaître de plus en plus, et c’est malheureux, des politiciens carriéristes dont l’expérience terrain se résume aux débats tenus à l’intérieur de cursus universitaire. Assez mince merci pour représenter des populations aux prises avec le rythme capricieux de l’économie, de l’emploi et de la vie familiale. Quoi qu’il en soit, la terre continue de tourner et nous serons là encore demain matin.
Des gérants d’estrade, ils en ont vu passer les sinistrés du Haut-Richelieu depuis cinq semaines. De longues semaines où le découragement et le désespoir même coloraient le quotidien de ces gens vivant un désastre sans commune mesure. Au cours de cette lutte quotidienne pour trouver tant bien que mal un espace viable, de nombreux gestes de solidarité sont venus consoler les riverains de cette rivière normalement gardienne de son lit en saison printanière. Avec la baisse du niveau des eaux, les sinistrés commencent à voir une lueur d’espoir. Mais plus l’eau se retire, plus les autorités locales constatent douloureusement l’ampleur des dégâts et la tâche colossale de nettoyage qui sera nécessaire afin de rendre les espaces salubres et habitables. Une opération gigantesque!
Devant l’appel à l’aide de SOS Richelieu, plus de 10 000 Québécois ont offert leurs services pour prêter main-forte à l’opération nettoyage de la région sinistrée les 10, 11, 18 et 19 juin. Une opération d’envergure qui nécessitera, il va sans dire, une logistique sans faille pour planifier dans les détails la réalisation de ce vaste plan de nettoyage. Cette avalanche inattendue de bénévoles est fantastique et démontre combien les Québécois sont solidaires devant des situations dramatiques. La solidarité qui se vit collectivement avec les sinistrés du Haut-Richelieu, de nombreux citoyens le réalisent au quotidien dans différentes sphères de la société. Quand une population se serre les coudes, la province se sent mieux, le pays ne peut que grandir humainement.
C’est parfois dans la misère et la souffrance que l’on grandit le plus souvent, que saisit l’importance de la vie et des autres. La solidarité qui se transforme en gestes de générosité fait de nous des êtres différents, sans aucun doute meilleurs. La solidarité humaine n’est pas idéologique, elle est concrète devant la misère et les situations catastrophiques; elle s’inscrira toujours dans la recherche et le respect de la dignité humaine. Nous ne sommes pas que des consommateurs dans cette société où tous n’ont pas la même chance d’accéder au bien-être. La solidarité, c’est plus que des mots ou des beaux discours; elle prend la rue pour soulager, soutenir, enrayer, transformer, rallier, éduquer, construire. Il revient à chacun de nous de puiser dans les valeurs profondes issues de ces défricheurs de terres inconnues et de bâtisseurs de cathédrales. Le Québec sera toujours plus fort par ce qui unit sa population; ensemble nous pouvons faire reculer étonnamment la pauvreté et la misère qui marginalisent tant de gens. Le groupe québécois Tocadéo chante la magnifique chanson L’effet papillon où il est dit : « Le moindre geste que l’on pose, le moindre amour que l’on ose, nos actes nous reviendront comme l’effet papillon. » Il faut y croire de tout son cœur, éperdument même!