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| Jean-Guy Roy - Racines d’un peuple ! |
21 juin 2011 - « Mon
pays c’est grand à se taire. Entendez-vous les vents, les pluies, les neiges et
les forêts » chantait si bien et si profondément le talentueux
Claude Léveillée. Un grand parmi nous vient de franchir la dernière étape de son
parcours terrestre. Depuis l’annonce de sa mort, le 9 juin dernier, les éloges
n’ont pas cessé d’affluer pour rendre hommage à ce fabuleux artiste de chez
nous, à cet homme hors du commun. | De la trempe des Leclerc, Bécaud, Vigneault, Brel, Ferland et Ferrat, Léveillée incarnait bien les valeurs de ce peuple généreux et accueillant, tiraillé de l’intérieur et hésitant dans ses choix d’avenir. Plus que quiconque, il savait mettre en mots sur des mélodies éternelles l’âme du peuple québécois. Il avait le don du mot juste sur la bonne note, celle qui nous émeut, nous emporte et nous fait rêver. À sa manière, le dos voûté sur le clavier de son piano, il nous révélait à la fois l’immensité de ce Québec et l’intimité de ses états d’âme. Ce Claude nous entraînait là où l’âme se reconnaît et célèbre sa grandeur. Oui, les racines d’un peuple ne meurent pas!
Dans ce monde bousculant par sa rapidité et envoûtant par ses innombrables gadgets, nous avons parfois l’impression de planer dans l’atmosphère planétaire, voire surréaliste, et sans saveur de la globalisation. Nous avons sans doute la sensation de n’être jamais à la page, jamais au goût du jour, en retard sur la nouveauté de la semaine. Nous surfons plus souvent qu’autrement sur l’essentiel de nos vies, emportés malgré nous par ce tsunami ambiant et javellisant, lessivant sans retenue une partie de notre patrimoine collectif et de notre héroïque passé. Les mots de Claude Léveillée viennent encore nous redire avec justesse que les valeurs éternelles, celles qui durent, sont ancrées au fond de nous-mêmes, dans les racines quelque peu sinueuses de notre âme. Oui, notre identité s’est forgée au fil des jours et des années avec les gens qui nous entourent, avec ceux et celles qui nous ont précédés sur cette terre nordique. Ils nous ont transmis des valeurs singulières, qui nous sont propres et qui savent encore aujourd’hui séduire le monde, donner sens collectivement à nos humbles pas. Claude Léveillée l’avait compris et l’a incarné mieux que quiconque sur des airs et des mots qui peuvent enchanter notre vie, donner à l’occasion de l’élan à notre vague à l’âme. Il m’arrive encore de fredonner ces airs qui m’ont éveillé à la beauté de notre coin de terre.
En regardant les reportages télé sur les funérailles de ce géant de chez nous, je me suis rappelé avec émotion l’hommage que Radio Ville-Marie lui avait rendu le 2 mai 2010 lors des célébrations du 15e anniversaire de la station. Confiné à sa résidence, Claude avait écouté à distance et avec émotion les nombreux témoignages des personnalités présentes à cet événement-hommage; une larme coula de ses yeux, nous dit son infirmière. Quelques jours plus tard, Il fit envoyer ce court mot d’appréciation accompagné d’une photo où nous le voyions assis dans son fauteuil roulant entourés des magnifiques fleurs bleues et du trophée reçus en hommage: « Je tiens à vous remercier chaleureusement pour ce trophée offert et de la reconnaissance affectueuse de l’ensemble du Québec. C’est une belle initiative! Bonne continuation pour votre beau et bon travail. Y’a de l’avenir au Québec! Amitiés.»
Claude Léveillée est né à Montréal le 16 octobre 1932. Après des études classiques, il débuta une prodigieuse carrière en 1955 qui nous a donné quelques 400 chansons. Chez Léveillée, on y retrouve le lyrisme et l’expressivité théâtrale dans des thèmes bien sentis touchant l’expérience amoureuse, la nostalgie, l’aspiration à la liberté, la solitude, le petit quotidien. En fait, Léveillée, c’était plus qu’un chanteur; il était aussi acteur, pianiste, auteur-compositeur. Connu internationalement, il fit plusieurs tournées en France, en Belgique, en Suisse, en Russie (URSS) et au Japon. En 2004, un accident cardiovasculaire le rendra malheureusement handicapé et dépendant d’un fauteuil roulant; il trouva refuge à Saint Benoit-de-Mirabel, soutenu par ses proches et ses fidèles amis.
À quelques jours de la fête nationale du Québec, les mots de ses chansons résonnent comme jamais, échos de mots qui nous raccrochent sans contredit à notre destin et à celui du pays à faire advenir. Au-delà des visions partisanes et des régimes politiques, l’identité de la nation québécoise n’a jamais fait de doute dans le cœur de Claude et des gens qui habitent ce coin de terre. À l’image de ce pays aux vastes horizons, les chansons de Léveillée n’ont pas de frontières dans le cœur de ceux qui espèrent tant à un pays bien à eux. Le Québec a fait naître des hommes et des femmes exceptionnels qui se sont illustrés de façon magistrale sur la scène internationale. Leur départ vers un monde meilleur nous rappelle combien ils font toujours partie de nous et que leur présence nous manquera certainement. Il nous restera de Léveillée certes ses magnifiques chansons qui sauront encore nous bercer dans un souvenir nostalgique d’une certaine époque où les rêves se conjuguaient fréquemment au présent. Lors du 24 juin prochain, fête nationale, ces mots d’une de ses chansons intitulée La scène, sauront peut-être nous redire les beautés et les prouesses de ceux qui nous ont fait : « Un jour, attends, je me rappelle ». Merci Claude Léveillée d’avoir chanté le Québec sur la scène du monde. Salut!
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L'impossible recule devant celui qui avance. |

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