Nous sommes passés au fil des dernières décennies à une réduction importante de notre activité physique. Les moyens de locomotion et nos façons d’effectuer le travail ont beaucoup changé, faisant une plus grande place à une technologie sophistiquée, et accentuant, il faut le dire, la suppression de l’effort et trop souvent l’immobilisme. Il faut bouger pour que le corps, cette merveille de la création, s’oxygène et se développe harmonieusement. Nous le savons tous, les problèmes reliés à l’inactivité sont parfois, souvent même, dramatiques.
Dimanche dernier, le marathon de Montréal accueillait quelques 24 000 marathoniens, prêts à tout pour atteindre leurs objectifs. Ils venaient de partout braver un parcours de 42 kilomètres sous une chaleur accablante qui a donné bien des sueurs au service de sécurité. Une quarantaine de coureurs ont été indisposés sérieusement et 25 participants ont été transportés par ambulance dans des établissements hospitaliers. Malheureusement, un décès est venu assombrir la 21e présentation de ce grand rendez-vous sportif. Il s’agit d’un homme d’une trentaine d’années, apparemment en pleine forme, victime d’un malaise cardiaque. Il faut dire que la journée était suffocante, mélange de chaleur et d’humidité intenses.
La course à pied compte des milliers d’adeptes au Québec. Elle ne se dément pas au fil des décennies. Yves Boisvert, dans l’édition de mardi dernier de La Presse, parle avec pertinence du marathon et de la course à pied. Je suis moi-même un coureur depuis près de 30 ans. Nous courons tous pour divers motifs. Pour ma part, c’est sans doute le seul sport que je peux pratiquer à travers mes multiples engagements et un horaire plus que chargé. C’est la simplicité de l’équipement et l’accessibilité des lieux pour courir qui m’ont attiré de prime abord. Avant le lever du soleil, je chausse mes godasses et je quitte la maison vers 5 h 15 du matin pour sillonner les rues d’Outremont, boisées à souhait de majestueux arbres, seuls témoins de ma fidélité quasi exemplaire à cet exercice fort matinal. De temps à autre, il m’arrive de croiser sur ma route une mouffette reniflant le solage d’une maison, un rat musqué descendu du Mont-Royal en quête de nourriture fraîche, un écureuil se faufilant d’une branche à l’autre, un chat miaulant en entendant le rythme de mes pas sur le bitume encore tout frais à cette heure et quelques fêtards revenant de célébrer je ne sais quoi!
Malgré le décès d’un homme dimanche dernier, le marathon de Montréal demeure un vif succès; cette année; il a enregistré près de trois mille quatre cents nouveaux coureurs de plus. Plusieurs y participent pour des raisons de santé, par solidarité ou encore pour réaliser un défi personnel. Certains groupes de jeunes marathoniens se joignent à une cause de bienfaisance. Cette année, le kenyan Luka Kipkemoi Chelimo a remporté la course de 42 kilomètres avec un chrono de 2 heures, 33 minutes, 20 secondes chez les hommes; c’est Serkalem Abraha chez les femmes, avec un temps de 2 heures, 38 minutes, 56 secondes. Ce fut un marathon de tous les records : participation monstre, temps le plus rapide enregistré par un coureur dans les rues de la métropole, couverture médiatique sans précédent, etc. En fait, le marathon de Montréal a le vent dans les voiles, victime évidemment de son succès, grâce à une équipe organisatrice de grand talent. Rappelons qu’en 2003, ce rendez-vous de coureurs solitaires n’attira que 2 400 personnes; huit ans plus tard, il s’approche allègrement des 25 000 participants.
Cette fête de la course à pied est signe de vitalité et d’encouragement pour tous ceux et celles qui osent bouger un peu plus, se tenir en forme. Il n’y a pas d’âge pour la course, tout est une question de dosage et de capacité physique. Reconquérir son corps demande de la volonté et de la persévérance. Mais une fois que l’on a la piqûre, comme on dit souvent, c’est pour longtemps. En fait, il n’existe pas de moyen aussi simple et aussi agréable de se faire une santé que la course à pied. Courir en pleine nature améliore efficacement le fonctionnement de tous les organes. De nombreux chercheurs mentionnent que la course favorise un sommeil réparateur, améliore les performances intellectuelles, prolonge la durée de vie, renforce les aptitudes du cœur, entretient la mémoire et terrasse immanquablement la déprime. Il faut bien se rappeler que tout est une question de rythme et de fréquence.
Il m’arrive souvent en courant de méditer, de revoir les événements de ma vie, d’envisager ma journée. Tous ceux qui courent régulièrement constatent que des faits complètement oubliés refont surface contre toute attente et même que la solution à des problèmes sur lesquels nous butons depuis des jours, apparaît clairement un bon matin en chaussant ses souliers de course ou en empruntant un sentier familier. Allez, il faut l’essayer un de ces jours. Entre vous et moi, dans la vie, il faut bien courir après quelque chose…!