Il n’est pas rare que des élus font la manchette dans les journaux, car ils sont scrutés à la loupe, certes par le monde des médias mais aussi par la cour politique elle-même. Les déclarations surprises et déroutantes des députés péquistes Louise Beaudoin, Pierre Curzy, Lisette Lapointe et, par la suite, du jeune député Jean-Martin Aussant ont de quoi ébranler un parti et son chef bien entendu. Des démissions de ce genre, sans doute orchestrées,. ont toutefois de quoi faire réfléchir toute la classe politique et ceux qui souhaitent y faire un saut.
Plus tôt cette semaine, je faisais allusion à ces politiciens d’estrade, manipulant plus ou moins bien des discours fades, insipides et sans vision d’avenir pour le peuple. Une sorte de carriérisme politique sans expérience terrain voit le jour au pays et sabre dans une approche plus traditionnelle, longtemps mûrie sur le terrain expérientiel. La démission de ces quatre députés, dont trois piliers du Parti québécois, rassemblait pourtant des gens d’expérience et de sagesse. Leur engagement en politique était né sans contredit d’une vision d’avenir pour le Québec. C’est un dur coup pour la politique québécoise et rappelle sans équivoque l’importance d’une vision commune. Cet électrochoc suscitera matière à réflexion chez nos élus toutes allégeances politiques confondues.
Tout semble se raccrocher autour du projet de loi 204 entourant l’amphithéâtre de Québec menée tambour battant par le duo Labaume-Péladeau. Les démissionnaires soulignent que c’est la goutte qui a fait déborder le vase au sein de ce parti politique qui se voyait déjà au pouvoir dans deux ans. En politique, rien n’est prévisible, rien n’est gagné d’avance. L’effet boomerang est fréquent dans la sphère des partis politiques et les vagues suscitées par les prises de position idéologiques sont souvent imprévues et renversantes. C’est le leadership de Madame Marois, pourtant sortie triomphante lors du récent congrès du PQ, sa manière de gérer le navire péquiste qui semble remis en question par ce coup de théâtre au dénouement dramatique. On dit même que d’autres députés cherchent honorablement une porte de sortie aussi. Chacun des députés démissionnaires a pris le soin de mettre en valeur les motifs de leur départ assez médiatisé il va sans dire : éthique, autoritarisme de la Chef, manque du sens démocratique, centralisation, etc. Mais c’est loin d’être aussi limpide que cela ne paraît dans ce départ aux allures de torpille.
Il est clair que le projet 204, loin d’être transparent, ne faisait pas l’unanimité dans la population et dans la députation de l’assemblée nationale. Tout a été fait pour contourner la législation en cours. Que le roi Labaume claironne sur tous les toits la légitimité d’une telle manœuvre politique pour permettre de construire un palais sportif pour les prétendus Nordiques retrouvés, nous ne sommes pas très loin de la collusion, du favoritisme et du manque d’éthique. Avec tout ce brasse-camarade assez houleux des derniers jours, il fallait s’attendre au coupé-court du premier ministre Jean Charest.
Le projet de loi 204 est mort au feuilleton pour un retour probable à l’automne. Jean Charest a bien saisi que ce projet controversé n’était pas éthiquement défendable et qu’il n’aurait pas l’aval de l’assemblée nationale. Les députés libéraux n’avaient pas le choix, il fallait suivre la ligne de parti; stratégie peu habituelle dans le parti Québécois habitué aux débats et à la liberté de parole. Toute cette mise en scène pose inévitablement des questions fondamentales sur le rôle de la politique et du travail des élus dans notre coin de pays, À quoi servent ces politiciens qui plafonnent au seuil de la partisannerie et du favoritisme? Plusieurs élus semblent ignorer le rôle fondamental de leur mandat, une mission trop souvent oubliée au profit de leurs empoignades verbales caduques et sans résultats probants pour la population qui espère en une vie meilleure. Il ne faut pas se surprendre de la désaffection de la population pour la chose politique. C’est très dommage pour la démocratie. Sigolène Royal disait : « Le peuple s’intéresse à la politique quand la politique s’intéresse à lui. »
Les députés péquistes auront encore besoin de temps pour diriger tout cela. Madame Pauline Marois ne chômera pas dans les prochains jours pour garder le cap, sa crédibilité mais surtout son leadership. S’il y a une leçon à tirer de cette histoire pour la Chef péquiste, elle est bien décrite dans ce mot de Lionel Jospin qui s’applique à tous nos élus : « L’essentiel n’est pas de « parler haut » mais de parler juste. » En fait la politique est devenue désolante, parce que ceux et celles qui la font, la rendent désolante un point c’est tout.