Les baby-boomers souhaitaient tourner la page d’un passé révolu marqué par un certain jansénisme, un autoritarisme ecclésial et d’une forme d’isolement quelque peu suffocante. Encore aujourd’hui, malgré bien dérapages idéologiques, le Québec, terre généreuse et accueillante, fait l’envie de bien des nations dans le monde. Disons-le, ce peuple nordique a fait de cette terre un endroit où il fait bon vivre. Malgré les avancées des récentes décennies, il y a des éléments essentiels de nos traditions qui se perdent et qui traduisaient passablement l’âme du peuple québécois!
Il y a un demi-siècle le Québec pullulaient d’enfants à souhait. J’ai connu dans mon enfance les tablées de 12 pour les repas quotidiens. C’était quelque chose. Voilà qu’une récente étude publiée la semaine dernière révèle qu’on ne soupe plus en famille. Une famille sur deux au Québec ne partage pas l’heure de repas ensemble. De plus, le tiers des ménages révèle que le repas se passe devant le téléviseur. Incroyable mais vrai! Une amie me disait récemment que pendant 15 ans, elle n’a jamais mangé avec ses parents en semaine sauf lors de fêtes et le dimanche matin. Imaginez, toutes ces années sans prendre le repas quotidien avec ceux et celles que l’on aime. Et l’on s’étonne que les gens ne se parlent plus. Tout cela n’aide évidemment pas à l’éducation alimentaire des enfants et à l’éducation tout court.
La table est un lieu fondamental de socialisation, d’éducation et d’appartenance. L’étude publiée la semaine dernière a été réalisée par les nutritionnistes d’Extenso après plusieurs mois d’une vaste tournée à travers la province. Au total, c’est plus de 16 000 kilomètres parcourus et 32 000 réponses obtenues pour connaître les comportements alimentaires des familles québécoises. Et les chiffres ne finissent plus d’étonner. Nous apprenons que 46% des enfants affirment manger souvent seuls devant le téléviseur ou l’ordinateur, 56% des enfants ne cuisinent pas souvent avec leurs parents. En fait, le tiers des gens préfèrent regarder le téléviseur que d’échanger en famille. Il va sans dire que la famille se rassemble moins et que les parents ne savent pas trop cuisiner pour le repas du soir dans 44% des cas. Il est clair que le travail des parents ne coïncide pas toujours avec les obligations familiales. La conciliation travail-famille demeure un défi de taille dans une société qui carbure au rendement, à l’efficacité, à l’enrichissement. Toujours plus, à fond la caisse!
Il ne faut pas se surprendre des habitudes de mauvaise alimentation dans plusieurs familles québécoises. Les gens n’ont plus le temps, ils croient encore trop souvent qu’il est compliqué de cuisiner et opte malheureusement avec abondance de repas vite faits, surgelés par surcroît. L’étude d’Extenso est la plus vaste étude jamais réalisée au Québec sur les comportements alimentaires de la population. Il ressort de cette vaste enquête l’importance pour les familles québécoises de se réapproprier des comportements qui favorisent de saines habitudes alimentaires.
Du plus loin que je me souvienne, les moments les plus agréables que j’ai passés durant mon enfance se sont déroulés autour de l’immense table de la maison familiale. Ma mère et mes sœurs étaient des cuisinières hors pair; elles adoraient faire à manger et encore plus recevoir des invités. La table était un rendez-vous incontournable pour se rencontrer, se rassasier, se parler, s’écouter, se distraire, faire la fête quoi! Autour de la table, nous refaisions sans cesse le monde, notre petit monde!
L’étude du groupe Extenso, réalisée en partenariat avec l’Institut du Nouveau Monde et l’Association Québécoise de la Petite Enfance, propose les actions prioritaires suivantes: 1) Assurer le développement des compétences culinaires des enfants; 2) Faire reconnaître les bienfaits et le plaisir de manger en famille dans le but de modifier la norme sociale; 3) Aider les familles à intégrer une meilleure planification dans leur routine de repas; 4) Faire connaître les pratiques alimentaires à privilégier pour rendre la planification, la préparation et le partage de repas agréable et sain malgré tous les obstacles identifiés; 5) Diminuer la présence de la télévision aux repas.
Ne faut-il pas retrouver le plaisir de manger ensemble? Soyons davantage festifs le plus souvent possible dans notre maison. La joie de vivre, ça se communique comme la joie de se retrouver en famille. Il n’en tient qu’à nous. Recevoir ne veut pas dire se ruiner; au contraire, c’est s’enrichir. N’oublions jamais la notion de partage. C’est en donnant que l’on reçoit; quand tout le monde participe généreusement, tout va pour le mieux. Ah! ces dimanches en famille chez mes parents… inoubliables! Un des grands auteurs-compositeurs de chez nous, Claude Gauthier, chante Le plus voyage avec ces mots pleins de vérité : « J’ai refait le plus beau voyage de mon enfance à aujourd’hui (…) J’ai revu mes appartenances (…) Je suis de sucre et d’eau d’érable De Pater Noster, de Credo Je suis de dix enfants à table Je suis de janvier sous zéro (…) Je suis Québec mort et vivant. » Tout le monde à table, pour être heureux et pour l’amour de nos enfants. Pourquoi pas?