Depuis toujours les familles québécoises ont dansé au son de la musique entraînante d’un violoneux enjoué, ont tapé du pied au rythme d’un gigueux pas mal dégourdi et fabriqué ingénieusement des objets ludiques pour agrémenter les loisirs des familles nombreuses d’antan. Quelle famille ne compte pas un musicien, un chanteur, un sculpteur, un peintre? Le Québec sait chanter et compte des voix magnifiques. Mais tout ne brille pas de pleins feux dans ce monde artistique et culturel.
C’est légendaire, les Québécois sont de bons vivants et ils aiment passionnément la fête. Nous n’avons qu’à constater les milliers de festivals qui foisonnent sur le territoire de la province. Grandes manifestations culturelles, éclatantes fiestas urbaines ou pittoresques fêtes villageoises. Tout est prétexte au rassemblement, au plaisir dans un esprit festif. C’est sans aucun doute le royaume mondial des festivals de toute sorte en passant par le festival de la pomme, de la guitare, de la bière, du cinéma, de la poutine, de la fraise, du fromage et j’en passe. L’esprit créatif et audacieux des nôtres ont fait de cette terre un endroit où il fait bon vivre.
L’humour québécois a fait aussi largement sa place sur le plan international. Le Festival Juste pour rire a positionné Montréal au titre de capitale mondiale de l’humour, ce n’est pas rien. Créé en 1983, ce festival est le plus gros événement du genre sur la planète. Son pendant anglophone Just for Laughs a été créé en 1985. Cette année sera marquée en grande pompe par le 30e anniversaire du festival qui compte maintenant des filiales en France, aux États-Unis et en Grande-Bretagne. Les productions visuelles de ce festival sont diffusées dans plus de 30 pays et sur les vols de plus de 100 compagnies aériennes. Mais il n’est pas donné à tous de faire de l’humour et surtout de faire rire. Nous savons tous que le rire a un bienfait certain sur l’être humain. Depuis 1968, le Québec souligne le passage à la nouvelle année par la revue télévisée Bye Bye réalisée et diffusée le 31 décembre à 23 h par la Société Radio-Canada. L’édition 2011, sous la direction du duo Véronique Cloutier et Louis Morissette a fait toutefois sursauter encore de nombreux observateurs et téléspectateurs.
Les journaux titraient dans les heures qui suivirent cette revue tant attendue : Un bilan insignifiant dans une soirée du tout-à-l’humour (Le Devoir); Un autre Bye Bye citron (Journal de Montréal); Quand le contenant emporte le contenu (Journal de Montréal); Et si l’on disait Bye Bye à la vulgarité (L’Actualité) et j’en passe. Beaucoup ont reproché à cette édition humoristique, l’omniprésence du politique au détriment des autres facettes de notre vie en société. Il est certain que la politique a dominé notre année 2011 assez « horribilis » merci. Pauline Marois et son parti, affublés de déboires, ont été servis à souhait. Ses opposants politiques n’en demandaient pas autant.
Tous les commentateurs ont souligné hautement l’ingéniosité des effets spéciaux et la réalisation scéniques des chorégraphies. Il y avait quand même quelques bonnes trouvailles, mais on s’attendait à tellement mieux. Dès l’ouverture de l’émission, les téléspectateurs ont été époustouflés par les images en cascade illustrant l’effondrement de notre système routier. C’était digne des meilleurs films hollywoodiens dans le domaine. Toutefois, la plupart des critiques ont porté sur la faiblesse du contenu et sur le langage dont la vulgarité a atteint un niveau inégalé dans ce type d’émission. N’aurait-il pas fallu émettre l’avis suivant en début d’émission: « Cette émission s’adresse à un public averti »? Le plus étonnant est que tout cela est réalisé par le réseau public, largement financé à même nos impôts. Quelle classe de langage!
Que de jurons dans les dialogues successifs des comédiens, que de mots vulgaires dans la bouche de ces humoristes vedettes tels que « marde », « fourrer », « crosseur ». Il faut être à court d’idées, de finesse d’esprit pour marteler les moments punch de cette revue de l’année par ces mots vulgaires. C’est tout simplement le nivellement de la culture vers le bas, ma foi! Il me semble que la langue française est si riche en vocabulaire pour décrire avec amplitude toutes les situations cocasses ou anecdotiques de notre existence. Il est vrai que réaliser une émission d’une telle envergure demande de l’ingéniosité, de l’intelligence, du sens de la répartie, mais de grâce avec une certaine classe de langage.
Pourquoi nous rabaisser autant? Pourquoi nous considérer comme un petit peuple vulgaire et mal dégrossi? Nous ne sommes pas un peuple ignare, épais et sans culture. Pourquoi faut-il, entre autre, sous-titrer les films québécois que l’on exporte à l’étranger? Nous parlons le français, une langue internationale utilisée par plus de 250 millions de personnes dans le monde. Soyons fiers de cette richesse linguistique et sachons en faire découvrir toute la beauté et la subtilité. En cette fin d’année 2011, il me semble que le Québec méritait mieux qu’une telle revue de l’année truffée de jurons et de grossièretés. Au plus vite, Bye Bye à tout cela!