Depuis la parution de l’excellent essai Les 36 cordes sensibles des Québécois, du regretté Jacques Bouchard, il y a déjà plus de 30 ans, l’âme des Québécois a-t-elle quelque peu changé? Dans une vaste enquête auprès de 29 016 répondants à travers 150 localités de la province, nous rencontrons quelques résultats étonnants. La légendaire bonhomie et sociabilité des Québécois en prennent un peu pour leur rhume. Nous découvrons qu’une personne sur six dans la province dit se sentir seule. Contrairement à ce que l’on pourrait le croire, ce ne sont pas les personnes âgées mais les personnes de 18-29 ans qui semblent souffrir de solitude. L’enquête souligne que 13% des Québécois affirment avoir de la difficulté à vivre avec notre époque.et cette proportion passe à 52% chez les gens qui ressentent un fort sentiment de solitude. Près d’un Québécois sur deux aurait aimé vivre à une autre époque évoquant ainsi un certain mal de vivre, un désir de fuir la morosité stagnante ou d’un simple rêve fantaisiste.
Dans ce monde du chacun pour soi, il n’est pas étonnant de lire ces chiffres. Pour la plupart d’entre nous, la solitude s’avère une problématique réelle. Elle nous ronge de l’intérieur lorsqu’elle n’est pas librement choisie. Le sentiment de solitude est sans nul doute le phénomène psychologique le plus fréquemment vécu par la personne humaine. Nous le vivons de manière différente selon notre âge, notre cheminement ou encore notre héritage génétique. Nous le vivons tous ou presque, comme un manque, un vide à combler, une souffrance. Pour certaines personnes, la solitude est un choix de vie ou une démarche intérieure voulue. Pour d’autres, la solitude est un poids lourd qui draine .énergie et diminue le goût de vivre. En fait, pour chacun de nous, la solitude est une réalité qui fera partie de notre vie jusqu’au bout.
Au cours de cette enquête, nous découvrons aussi que les Québécois sont préoccupés par leur santé, dominés même par une certaine crainte, voire la peur. Près d’une personne sur cinq a peur de développer une maladie mentale au cours de sa vie. Il faut dire que les récentes statistiques au chapitre de la santé mentale sont préoccupantes. À titre d’exemple, la maladie d’Alzheimer se classe au deuxième rang des maladies que redoutent le plus les Canadiens à mesure qu’ils vieillissent. Saviez-vous qu’une personne sur 11 de plus de 65 ans est affectée de cette maladie au Canada et d’ici 25 ans, ce nombre doublera si aucun médicament n’est trouvé?
L’arrivée d’Internet et des réseaux sociaux faisaient miroiter des cieux nouveaux et des relations interpersonnelles plus nombreuses et significatives. Tenez-vous bien car l’enquête démontre que 40% des gens considèrent qu’Internet contribue davantage à l’isolement avec l’entourage. Toutefois, 2 personnes sur 10 considèrent qu’Internet facilite les relations interpersonnelles. Nous le savons très bien, Internet ne remplacera jamais une bonne sortie en famille, une causerie au bord d’un feu de camp, une rencontre autour d’un bon repas, une escapade avec ses amis en montagne. La cyberdépendance, phénomène relativement nouveau, existe réellement; elle est considérée comme un trouble psychologique entraînant un besoin irrésistible et obsessionnel d’utiliser Internet et entraîne ou nourrit par surcroît d’autres dépendances.
Et pour terminer sur une note agréable, 63% des Québécois se disent généralement heureux dans leur relation de couple. C’est fort encourageant, stimulant même. Il est bon de noter que près d’un Québécois sur cinq n’est pas en couple. Cette proportion atteint les 34% chez les jeunes entre 18 et 29 ans. Il faut croire que ceux-ci vivent plus longtemps célibataires. Trois autres volets de cette enquête sur les Québécois aborderont dans les prochaines semaines les thèmes suivants : la culture et la tolérance, la jeunesse, l’économie et l’argent. Les résultats de cette enquête nous replongent dans nos essentiels, dans la qualité de notre vivre ensemble. Notre société a peut-être oublié l’importance de la vraie communication, de la rencontre de l’autre, du faire ensemble et de la solidarité. Dans un monde où tout, ou presque, est axé sur la consommation, l’efficacité, le profit à tout prix, il reste moins de place pour les relations nourrissantes et les expériences qui font vivre vraiment et nous sentir partie prenante d’une communauté, d’une nation. N’est-ce pas Blaise Pascal qui disait : « Que sert à l’homme de gagner tout le monde, s’il perd son âme? »