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| Jean-Guy Roy - Des paroles incendiaires ! |
7 février 2012 - Nous vivons à cœur de jour
dans un flot de paroles. Vous conviendrez qu’il y a des paroles bienfaisantes,
amusantes, stimulantes et réconfortantes. Dans tout ce qui se raconte et se
colporte, il n’est pas toujours aisé d’y voir le brin de vérité. Il y a
malheureusement des paroles qui dépassent les limites du raisonnable, voire du
jugement. Les récentes déclarations du sénateur « conservateur » Pierre-Hugues
Boisvenu ont suscité quelques vagues à travers tout le pays, des réactions même
plus ou moins étonnantes. | La semaine dernière, il déclara qu’il était contre la peine de mort; d’autre part, il dit appuyer l’idée de mettre des cordes dans certaines cellules de criminels. Il ajouta : « Dans le fond, il faudrait que chaque assassin puisse avoir le droit à sa corde dans sa cellule. Il décidera de sa vie. » Assez direct merci ce sénateur! Il est difficile de mesurer la portée de cette affirmation inadmissible!
Nous connaissons tous la vigueur et la détermination de ce Sherbrookois, jadis haut-fonctionnaire dans les officines gouvernementales québécoises. Le drame qu’il a vécu coup sur coup par la mort de ses deux filles, dont l’une aux mains d’un criminel, laisse immanquablement des traces indélébiles au fond de soi. Son engagement au côté de Stephen Harper pour des mesures plus répressives auprès des personnes criminelles ne fait aucun doute par rapport à ses convictions. Toutefois, les propos tenus la semaine dernière sont grandement déplacés et s’ils s’avéreraient bien réfléchis, mériteraient à l’avis de nombreux observateurs, une sanction sévère. En ce début de semaine de prévention du suicide, les paroles du controversé sénateur jettent un peu d’ombre sur le travail colossal de prévention que réalise des dizaines d’organismes à travers la province. Depuis dix ans, le taux de suicide a connu une baisse notable au Québec grâce au travail réalisé par les organismes de prévention.
Mais les déclarations de l’impétueux sénateur ont remis sur le tapis la cruciale question de la peine capitale. Chose étonnante, plusieurs sondages à travers le pays révèlent un appui sérieux et même assez favorable aux déclarations de Pierre-Hugues Boisvenu. Pour bien des gens, c’est tout le système judicaire qu’il faut revoir. Nous entendons fréquemment des personnes et des victimes s’exclamer ainsi: « Il n’y a pas de justice dans ce pays! » ou bien « Où est la justice? » ou bien encore « Ceux qui ont de l’argent s’en sauvent toujours! » Il est vrai que tout est loin d’être parfait dans ce fameux système judicaire, mais il y en a au moins un qui fonctionne tout de même assez bien malgré ses nombreuses failles, ses fameux délais interminables. Revenons à la peine capitale qui semble faire un retour comme solution dans la tête de nombreux Canadiens. Faut-il vraiment revenir en arrière? Il me semble que la loi du talion « œil pour œil, dent pour dent » se situe à des années lumière des valeurs canadiennes se traduisant sous forme de compassion, de justice réparatrice et de réhabilitation.
La peine de mort a été abolie au Canada le 14 juillet 1976. Le projet de loi C-84 de l’époque avait été adopté par une faible majorité des députés à l’issue d’un votre libre. En 1987, un autre vote libre sur le rétablissement de la peine de mort n’avait pas su ravir la majorité des élus. Avant l’abolition de la peine de mort au Canada, 1481 personnes avaient été condamnés à mort et 710 de celles-ci avaient été exécutés : 697 hommes et 13 femmes. Le Canada considère que l’abolition de la peine de mort est un principe fondamental de justice sociale qu’il a défendu à maintes reprises sur la scène internationale au cours des dernières décennies. Revenir en arrière serait une erreur fondamentale. Toutes les études démontrent sans équivoque le succès de nombreux programmes de réhabilitation au pays. Le Québec s’est fait un ardent promoteur de ces approches qui portent des fruits tangibles, en particulier chez les jeunes. Malgré bien des efforts soutenus et sans succès par le Ministre de la justice québécois Jean-Marc Fournier pour amender le projet C-10 du gouvernement Harper, qui prévoit des mesures plus répressives chez les jeunes contrevenants, le bulldozer conservateur ira de l’avant..
Selon de nombreux analystes, le sénateur Boisvenu n’a pas sa place dans ces dossiers épineux. Plusieurs trouvent inopportun qu’il soit affecté à ce dossier et surtout qu’il en soit devenu le porte-parole officiel du ministère et du gouvernement en ces matières. En fait, il est la figure de proue du gouvernement Harper en ce domaine. Il agit en fait comme juge et partie. C’est inacceptable en justice! Certes, il aurait pu, à l’occasion, offrir son expertise en tant qu’ex-président de l’Association des victimes d’actes criminels. On ne peut améliorer un système de justice en cédant aux réclamations de l’émotion et de la vengeance. Les déclarations du sénateur Pierre-Hughes Boisvenu sont déplorables et injustifiables. D’inciter des prisonniers au suicide est légalement condamnable, que l’on soit sénateur ou simple citoyen. Il revient au premier ministre de prendre ses distances avec propos tenus par le sénateur et même de lui faire jouer un rôle moindre dans le dossier.
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 | Citation | Ne commence pas la journée avec les blessures d'hier! |

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