Du 9 au 25 mars se tient présentement à travers tout le pays les Rendez-vous de la francophonie en lien avec la Semaine nationale de la francophonie, chapeautée par l’Association canadienne d’éducation de langue française (ACELF). Cet événement culturel et festif nous fait prendre conscience de la réalité du fait francophone au pays. De l’Atlantique au Pacifique, les francophones comptent aujourd’hui pour 31% de la population canadienne, soit 9 178 100 habitants. C’est au Québec que l’on retrouve la majorité de ceux-ci (6 739 050), puis en Ontario (1 362 020) et au Nouveau Brunswick (312 285). Langue fondatrice du pays, le français a perdu du terrain au fil des décennies au détriment de l’anglais, langue dominante en Amérique du Nord. Les batailles linguistiques n’ont pas manqué au fil de notre histoire. Défendre sa langue, c’est lutter pour sa culture, ses droits, sa reconnaissance, sa nation. Les francophones hors-Québec en savent quelque chose. Dans les coins reculés du Manitoba, les descendants de l’héroïque Louis Riel ont souvent monté aux barricades pour préserver leurs droits linguistiques et avec raison. Il en est de même pour les Acadiens qui ont été décimés scandaleusement à travers la terrible déportation, sorte de nettoyage ethnique, entre 1713 et 1755.
On estime à près de 300 millions de personnes qui utilisent la langue française couramment ou partiellement dans leur vie quotidienne. La francophonie regroupe quelque 57 États répartis dans 29 pays. Dans plusieurs pays dans le monde, le français a le statut de langue officielle ou co-officielle, ce qui en fait la deuxième langue du monde au plan de l’importance géopolitique. C’est en 1986 que s’est tenu à Versailles le premier Sommet de la francophonie sous la présidence de François Mitterrand. Le prochain sommet, soit le XIVe, se tiendra à Kinshasa en République démocratique du Congo en 2012. Mais d’ici là, en juillet prochain, la ville de Québec accueillera le premier forum linguistique mondial de la langue française. Des représentants d’une centaine de pays sont attendus à ce premier événement du genre qui donnera la parole à divers intervenants préoccupés par l’avenir du français. Quatre thématiques seront au cœur de ce forum : 1. Est-ce possible de faire des affaires en français? 2. Quelle est la place du français dans la Toile et les médias sociaux? 3. Quelle est la place qu’offre le français dans les différentes industries culturelles? 4. Quelle est la cohabitation possible dans la diversité linguistique? Cinq jours de conférences, de colloques, de tables rondes à l’intérieur du Centre des congrès de Québec avec la participation de1500 congressistes. Un événement majeur dans la prise de conscience collective que le français est un outil privilégié dans le concert des nations.
Au Québec, nous constatons malheureusement, particulièrement dans la métropole, une perte effective de terrain au profit de l’anglais. Les batailles de chiffres sont fréquentes et chacun fait bien dire ce qu’il veut aux données des firmes de sondage. Force est de constater que la difficile intégration des immigrants reste entière. « Pourquoi apprendre le français? Je peux vivre en anglais et me trouver du travail facilement? », se disent de nombreux nouveaux arrivants. L’avenir du français dans la métropole passe inévitablement par une intégration réussie et valorisante du français. Dans un article de Joseph Facal, publié dans le Journal de Montréal de la semaine dernière, nous apprenons que « la moitié des immigrants qui ne connaissent pas le français sont ici depuis de 15 ans. » Inimaginable mais vrai! Et qui plus est, selon l’auteur, l’usage du français par les allophones en milieu de travail n’a aucunement progressé depuis 30 ans. Il y a de quoi s’inquiéter. Globalement, les immigrants d’origine latine s’intègrent assez facilement et adoptent le français; pour les autres provenances, l’intégration stagne à 15%.
L’avenir du Québec passe inévitablement par l’immigration si l’on veut maintenir à tout prix une vitalité économique. L’intéressant article de Joseph Facal nous fait prendre conscience « que 30 à 40% des immigrants qui ne parlent pas français ne suivent pas de cours de français et travaillent en anglais ou dans leur langue d’origine. » Ne l’oublions pas, le Québec accueille pas moins de 50 000 immigrants par année. Il importe que la langue de travail soit aussi le français. Si je vais travailler en Italie, il me faudra apprendre l’italien. Si l’on souhaite contrer l’érosion du français, il faudra qu’il soit priorisé dans toutes les sphères de la société. Pourquoi la moitié des étudiants allophones quittent les écoles secondaires francophones pour des études collégiales en anglais? Pour les francophones de souche, il importe de se poser cette question fondamentale : « Sommes-nous fiers de parler français? »
Dans cette région du monde, nous sommes tous conscients de la nécessité d’apprendre et de parler l’anglais, mais pas au détriment de notre langue française, de notre culture, de notre identité. Il revient à chacun de promouvoir notre langue commune et aux autorités concernées d’abroger les législations en vigueur afin de soutenir adéquatement le développement du français chez nous. En écrivant ces mots, la magnifique chanson La langue de chez nous d’Yves Duteil remonte en moi : « C’est une langue belle avec des accents superbes qui porte son histoire à travers ses accents. (…) C’est une langue belle à qui sait la défendre. Elle offre les trésors de richesses infinies. Les mots qui nous manquaient pour pouvoir nous comprendre et la force qu’il faut pour vivre en harmonie. » N’est-ce pas Albert Camus qui disait : « Ma patrie, c’est la langue française. »?