De nombreux observateurs le disent, les partis politiques traditionnels au Québec et au Canada ont mal vieilli. Ils se sont encroûtés dans une routine accablante, une bureaucratie ampoulée et un fonctionnarisme immuable. La population saturée à souhait par les élucubrations de ces élus aux souliers bien cirés, attend un renouveau assez décapant! Sur le terrain, la grogne se fait sentir de plus en plus, les gens espèrent mieux. Il ne faudra pas se surprendre d’une autre vague lessivante aux élections prochaines.
Ces jours-ci, tous les yeux sont tournés vers Pauline Marois. Quelle traversée cauchemardesque pour cette femme de grande expérience. Depuis le vote de confiance de 93% qu’elle a obtenu en avril dernier de la part des militants de son parti, rien ne va plus pour cette femme, il faut l’admettre, hors du commun. Comment fait-elle pour résister à tant de pressions et de coups bas? Entre vous et moi, c’est assez difficile à comprendre ce qui passe au PQ, ce parti jadis avant-gardiste et qui a tant donné au Québec. Nous le savons tous, ce parti social-démocrate fait la vie dure à ses chefs. En fait, le PQ serait-il en train de sombrer comme le laissait entendre le franc-tireur Bernard Drainville? Mais que reproche-t-on à cette femme qui, semble-t-il, ne passe plus la rampe?
À côté du comptable François Legault ou du tribun Jean Charest, selon plusieurs observateurs, Pauline Marois se défend tout de même assez bien. Elle n’a pas toutes les qualités, il va sans dire. Mais s’il y a une députée qui connaît l’appareil gouvernemental et le Québec sur le bout de ses doigts, c’est bien Pauline Marois. Avec tout le bagage d’expérience qu’elle a accumulé au fil des ans, je suis sûr qu’elle pourrait diriger le Québec de façon éclairée. Elle a quand même piloté trois des plus imposants ministères du gouvernement québécois et avec succès, ce n’est pas rien! Elle a eu le courage de mener des dossiers qu’aucun autre ministre n’avait réussi à conduire à bonne fin. Sa ténacité, son intelligence, son savoir-faire ont fait avancer le Québec sur plus d’un aspect. Mais que se passe-t-il dans ce PQ qui, à mon humble avis, a mal vieilli. Il est encore trop alourdi par ces syndicalistes pépères qui protègent plus que leur image et leur vieux-gagné!
Ce parti, né il y a 44 ans de la fusion du Mouvement Souveraineté-Association(MSA) de René Lévesque et du Ralliement national (RIN) de Gilles Grégroire, semble plus que jamais se chercher une voie d’avenir sur l’échiquier politique et dans le cœur des Québécois. Depuis le 11 octobre 1968, date de fondation de ce parti, des figures marquantes ont transformé la scène politique de la province; ne faisons qu’évoquer les René Lévesque, Jacques Parizeau, Lucien Bouchard, Bernard Landry et tant d’autres. Depuis, sa première prise du pouvoir en 1976, le PQ a réussi à mettre en place des leviers extrêmement importants sur les plans social, culturel et économique. Décidément, rien ne va plus dans ce parti qui a toujours voulu défendre les intérêts des Québécois. A-t-il besoin d’un sauveur? Doit-il disparaître, renaître autrement, que sais-je?
Nous avons vu ces derniers jours, l’ombre de Gilles Duceppe planée sur l’hypothèse d’un éventuel évincement de Pauline Marois. Certains militants péquistes le perçoivent comme le sauveur tant attendu. Comment le parti peut-il accueillir un ex-chef de parti qui a mordu la poussière d’une manière humiliante le 2 mai dernier dans un comté foncièrement québécois de souche. La récente sortie de Gilles Duceppe, pour le moins embarrassante pour Pauline Marois, semble avoir donné du tonus à la Chef du PQ, prête pour un combat de coq s’il le faut. Décidément, cette femme a du caractère! Comment se terminera cette longue traversée aux enfers? Le prochain conseil national de la fin de semaine prochaine donnera sans doute quelques réponses. Chose certaine, notre Jean Charest national profite fort bien de ces chicanes internes de ses voisins d’en face. Si le Parti québécois veut faire face aux prochaines élections, il va falloir serrer les rangs et aller de l’avant. Qui va voter pour un parti aussi fratricide?
Toutes ces chicanes sur la place publique n’aident en rien la démocratie et le Québec. Les luttes clandestines et les jeux de coulisse pour atteindre le pouvoir à tout prix n’apportent rien de bon pour le peuple. Tout cela ne sert que les intérêts de certains politiciens ambitieux, de cliques partisanes et de leurs amis. À quand un gouvernement pour le peuple? Dans le livre « De quoi le Québec a-t-il besoin? », rédigé en collaboration par Jean Barbe, Marie-France Bazzo et Vincent Marissal, l’animateur-radio Benoit Dutrizac, personnage assez entier et coloré de réputation, on suggère pour le Québec non pas une autre révolution tranquille, mais une révolution utile. En fait, une révolution où le service en faveur citoyens sera au centre des préoccupations gouvernementales. Mission impossible? Chose certaine, il y aura peut-être un grand ménage à faire dans la classe politique actuelle dont se chargera sans doute un peu la Commission Charbonneau.
Nous le savons bien, en politique, c’est rarement la logique qui mène au pouvoir. Jean Mistler disait : « La majorité a toujours raison, mais la raison a bien rarement la majorité aux élections. » Le glas a-t-il réellement sonné sur le sort de Pauline Marois et l’avenir PQ? Certains le croient, d’autres espèrent mordicus au renouveau.