Mais il y a des départs sur cette terre qui bousculent des familles entières, chamboulent des existences abruptement. Du 5 au 12 février se tiendra la 22e Semaine nationale de prévention du suicide 2012 sous le thème : « Le suicide n’est pas une option » Difficile à supporter cette vie pour des gens en détresse!
Il y a quelques années mon cousin Léonce s’est enlevé la vie dans son appartement laissant dans le deuil son amie et sa petite fille de 11 ans. Léonce s’était pendu sans qu’il laisse deviner qu’il allait poser un tel geste et sans qu’il laisse le moindre message. Il est parti pour un ailleurs avec son mal d’âme et son itinéraire apparemment sans issue. Léonce avait bien eu une vie assez tourmentée, mais il avait conservé un cœur bon et généreux. La détresse intérieure qu’il vivait n’avait pas encore trouvé un baume bienfaisant et salvifique. Nous ne saurons jamais comment expliquer un tel geste. La famille m’avait demandé de prononcer l’homélie lors des funérailles catholiques. J’avais hésité, mais j’ai enfin accepté, car pour la famille j’étais sans doute celui en qui elle pourrait trouver quelques mots de tendresse, de compréhension et d’espoir pour ceux et celles qui restent. Ce ne fut pas facile à vivre, vous comprendrez, pour tous les membres de la famille. Imaginez la détresse de sa petite fille!
Le journal La Presse présenta mardi dernier un excellent dossier, signé Marie Claude Malboeuf, sur la réalité des enfants d’un parent suicidaire. On y apprend, entre autre, qu’au cours de l’année 2008, il y a 1103 Québécois qui se sont suicidés dont le tiers avait des enfants. Les observateurs soulignent que c’est au Québec que le taux de suicide est le plus élevé au pays. Situé pendant plusieurs années dans le peloton de tête des pays industrialisés pour le nombre de suicides, le Québec a enregistré tout de même une importante baisse de 34% depuis 2009 à ce chapitre. C’est une chute significative, mais c’est encore trop. Rappelons ici qu’il y a encore trois personnes qui mettent fin intentionnellement à leur vie chaque jour dans la province. Une situation qui reste préoccupante pour l’Association québécoise de prévention du suicide.
Tous les spécialisent l’affirment : « Personne ne veut réellement mourir. La majorité des gens qui se suicident, veulent arrêter de souffrir. » Il importe donc de favoriser une qualité de présence auprès des personnes fragilisées ou à risque. Le filet de sécurité humaine est un espace combien nécessaire pour désamorcer l’irréparable. Selon les nombreux intervenants dans le domaine, la dimension de solidarité s’avère prioritaire. C’est pourquoi l’Association québécoise de prévention du suicide a décidé d’ajouter une dimension solidaire au slogan de cette semaine de prévention: « Ici, on tient à chacun ». « Cette phrase toute simple souligne bien la place unique et précieuse de la personne humaine dans la société québécoise», souligne l’organisme promoteur de cette 22e édition. La problématique du suicide concerne toute la société québécoise et il importe que chacun apprenne à déceler les signes de détresse de ceux et celles qui composent notre entourage immédiat.
Nés fragiles, nous terminerons notre itinéraire de vie dans la fragilité. C’est le propre de notre condition humaine. Le milieu même de nos existences est inévitablement parsemé d’expériences de fragilisations que nous cherchons immanquablement à éviter sans jamais parvenir à y échapper tout à fait. Tout semble nous indiquer que notre condition humaine nous inscrit dans une tension permanente entre une robustesse jamais acquise et une fragilité toujours latente. Dans une société qui carbure sous les signes de la perfection à tout prix, de la performance à fond de train, de l’excellence grisante, quel sens donner à cette fragilité humaine? Peut-on l’appréhender comme une richesse, quelque chose qui nous aide à grandir? Certes, pour les plus fragilisés de cette société, ils ne pourront y arriver sans l’aide d’un proche, d’un intervenant, d’un spécialiste. En cette semaine, n’oublions pas ceux et celles qui nous côtoient au jour le jour à la maison et au milieu de travail. N’oublions pas que la fragilité de nos vies nous rend capables de comprendre celle de l’autre et d’ouvrir parfois des issues de libération insoupçonnées. Oui, disons souvent cette semaine dans notre entourage: « Ici, on tient à toi! »