Le chanteur quelque peu frondeur et un tantinet provocateur Daniel Boucher chante à plein voix dans un langage assez cru : « Ma gang de malades…! » Il n’a pas entièrement tort ce cher Daniel à la mèche rebelle. Un sondage de Léger Marketing nous révélait à la mi-février que près de deux tiers des Québécois ne peuvent vivre sans médication. C’est quand même énorme!
Entre nous, c’est presque impensable que près des deux tiers des Québécois consomment des médicaments prescrits par leur médecin. Oui, 62% des gens de chez nous ouvrent quotidiennement le petit flacon distribué par nos pharmaciens sur ordonnance du médecin traitant. Il y a de quoi faire peur! Et cela sans compter tous les médicaments en vente libre. C’est le royaume de la pilule ma foi! En fait, les Québécois prennent en moyenne 3,6 médicaments par jour. En comptant rapidement, « 3,7 millions de Québécois malades qui prennent environ 13 400 000 pilules par jour ». Il y a de quoi occuper nos pharmaciens qui désirent tant jouer un plus grand rôle auprès des patients qui se présentent à leur comptoir. Vraiment, comme on dit souvent, le monde est malade!
Et ce n’est pas tout! Le sondage nous révèle encore que plus d’un Québécois sur huit souffre de brûlure d’estomac, d’arthrite, de rhumatisme ou de l’insomnie. Plus d’un Québécois sur 15 souffre de diabète ou de problèmes cardiaques. Enfin, plus d’un Québécois sur 30 souffre d’affections pulmonaires, de rétention d’eau ou de mal de cœur. Fabienne Thibaut chante si bien dans l’opéra rock Starmania : « Le monde est stone! » Comment un peuple peut-il prendre des décisions éclairées dans un tel état? Est-ce normal que nous consommions tant de comprimés? Sommes-nous des malades imaginaires? Il faut bien avouer que les médicaments sont très accessibles depuis que le coût en est défrayé en grande partie par l’assurance-maladie mise sur pied par le gouvernement et les employeurs.
Selon toutes les études, la santé est une priorité nationale et pour cause! Il est aussi vrai qu’il est plus aisé d’ingurgiter un comprimé qu’aller faire de l’exercice, de modifier son alimentation, d’arrêter de fumer, etc. Nous sommes dans une société des excès et des abus de toute sorte. Tout est à portée de main ou de bouche! En fait, nous devenons ce que nous avalons et ce que nous mangeons. Pourtant, les aliments sains et naturels offrent tout ce qu’il faut pour que l’organisme humain se développe pleinement. C’est lorsqu’ils sont transformés qu’ils peuvent éveiller un déséquilibre en nous. Ce n’est pas toujours une question de qualité, mais aussi de quantité. Nous mangeons trop et souvent très mal. Des efforts de sensibilisation ont été entrepris au cours de la récente décennie, mais les résultats tardent toujours à venir. L’Organisation Mondiale de la Santé lançait l’an dernier une campagne massive pour diminuer l’épidémie de l’obésité, la qualifiant de fléau mondial.
Nous le savons tous, les médicaments ont des effets secondaires indéniables sur notre santé physique et psychologique. Il est clair qu’ils ont des effets curatifs sur le mal qui nous tenaille, mais des effets collatéraux peuvent se faire sentir au fil des jours. Un comprimé n’a pas de pouvoir miraculeux : il ne règle pas tout. Il est difficile toutefois d’en mesurer les inconvénients chez tous les usagers qui ont développé malheureusement au fil des années une accoutumance, voire une réelle dépendance. Les utilisateurs réguliers et permanents acquièrent une tolérance au médicament. À mesure que le corps s’adapte à la présence de la substance et que l’effet désiré diminue, l’utilisateur compense trop souvent en augmentant la dosage et multiplie ainsi les risques d’effets secondaires qui peuvent s’avérer dangereux. Aux États-Unis, on estime à 13% les décès reliés à un abus ou à un mauvais dosage des médicaments. Même si le médicament cesse soudainement d’être administré, le corps continue à réagir comme s’il était toujours présent. Cette dépendance peut entraîner des problèmes sociaux, être la cause de mariages brisés, provoquer la perte d’un emploi, etc. En toute chose, la modération a bien meilleur goût.
On peut retrouver sur le marché mondial environ 20 000 médicaments. Selon l’Organisation mondiale de la santé, 50% des médicaments ne sont pas utilisés à bon escient dans le monde. Ce sont les personnes âgées qui sont les plus à risque dans la surconsommation. Colton disait : « Le plus pauvre n’échangerait pas sa santé pour de l’argent, mais le plus riche donnerait tout son argent pour la santé. » La santé est le trésor le plus précieux et souvent le plus facile à perdre. Il revient à chacun d’entre nous de prendre sa santé en main. Bonne santé!