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| Jean-Guy Roy - Du fil à retordre ! |
10 avril 2012 - Le
printemps semble toujours se faire tirer l’oreille en ce mois d’avril. Le froid
des derniers jours n’a pas donné à la fête de Pâques tout l’éclat espéré.
D’ordinaire, en cette période de l’année, le soleil radieux et l’éclatement des
bourgeons émerveillent et chassent quelque peu la grisaille des mois hivernaux.
Il faut dire que par les temps qui courent, la morosité ambiante ressentie dans
la province se fait tenace et court-circuite quelque peu notre traditionnelle
relance printanière souvent génératrice de rires et d’espoir. | Depuis plus de cinquante jours, l’imposante meute estudiantine donne du fil à retordre au gouvernement Charest, aux forces policières et aux chefs des établissements d’enseignement. Vous en conviendrez, ça ne passe pas inaperçu. Quoiqu’on en pense et quoiqu’on en dise, nos étudiants ont tout de même du caractère et du courage. Nous les bien-pensants, nous les croyions apathiques, sans tonus et sans saveur. Toutefois, il est peut-être temps, que les parties en présence s’assoient et regardent sérieusement les perspectives d’avenir. Un conflit qui s’éternise laisse incontestablement des cicatrices malsaines et engendrent des écarts de conduite peu édifiants. Malgré un léger essoufflement et quelques notes discordantes du mouvement étudiant, il en reste encore quelque 170 000 à braver les offres gouvernementales et à garder la cadence de la contestation de la hausse des droits de scolarité. Pour la majorité des gens, il est grand temps que la vie reprenne son rythme normal.
Ce n’est pas d’aujourd’hui que les étudiants prennent la rue. Nous l’avons fait aux heures où nous étions encore épris d’idéalisme pour une société émergente que nous voulions libre, juste et respectueuse des droits de chacun. Après quelques décennies de bourlingage sur les routes d’un Québec qui s’est certes affranchi assez vivement du carcan de la religion, qui s’est modernisé au-delà de nos rêves fous, qui s’est ouvert sur le monde au rythme effréné de la mondialisation, nous les baby-boomers dont je suis, on peut se demander à juste titre si nous avons bien mené nos luttes. Il y a des jours, je regrette certains dérapages idéologiques, certaines exagérations outrancières, certains rendez-vous manqué avec l’histoire et je dirais même un certain égocentrisme néfaste emmuré dans une société dont le leitmotiv est basé sans contredit sur l’argent et la consommation. Sans assombrir ce Québec que plusieurs nations du monde envient et admirent l’accueil, la hardiesse, la créativité, l’ingéniosité, l’efficacité, il me semble qu’il manque un peu d’âme dans cette terre au million de lacs et de rivières.
J’avoue bien humblement, qu’à l’occasion, je suis quelque peu nostalgique d’une certaine solidarité autour du perron d’église ou de cette fraternité tissée avec nos voisins de la petite rue St-Jean où nous habitions. En regardant ces jeunes marcher dans les rues de Montréal et en région, je me suis dit que le Québec a besoin plus que jamais de retrouver ses racines, ses fibres qui l’on fait naître et se développer fièrement. En fait, cette flamme qui nous sort de notre égocentrisme et nous ouvre sur plus grand que nous. Nos maîtres à penser de l’époque, pour la plupart des religieux, honnêtement n’étaient pas si gnochons que cela. Ces hommes et ces femmes en soutane pour la plupart, malgré une actuelle dérision déplacée et exagérée, n’étaient pas ces tortionnaires, ces abuseurs et ces incompétents que décrivent sans nuance certains journalistes iconoclastes. Au contraire, ces gens donnés nous ont appris avec les moyens du bord et leur ingéniosité la valeur de l’effort, la grandeur du service rendu, les bienfaits de la persévérance dans les difficultés, la satisfaction de qui sait attendre. Sans ces hommes et ces femmes d’honneur, le Québec n’aurait jamais atteint les standards d’aujourd’hui dans son développement national et son rayonnement sur la scène internationale. Oui, ce Québec jadis tricoté serré, pétri disons-le des valeurs les plus nobles issues du christianisme me manque parfois. Il revient à chacun de nous de transmettre les valeurs qui font vivre, qui transcendent les modes et donnent le goût d’espérer.
Les prochaines semaines s’annoncent assez chaudes, voire cruciales, dans le conflit qui oppose le gouvernement et les étudiants. N’est-ce pas Jean Charest qui est porteur du dossier « jeunesse » dans le gouvernement qu’il dirige et qui semble de plus en plus vaciller ou pour le moins faire du surplace et tourner en rond? Les jours semblent s’égrener rapidement au sablier du temps limite de l’annulation ou de la prolongation de la session universitaire. Avec la commission Charbonneau qui pointe à l’horizon, il est à parier que nos élus auront bien du fil à retordre quand les langues se délieront entièrement. Je ne sais pas si nous serons tous aussi fiers d’être Québécois quand, désillusionnés, nous découvrirons les différentes facettes de cette collusion régnant dans le monde de la construction et cela depuis des décennies. De temps en temps, il faut semble-t-il des purges pour faire renaître un peu plus de sens moral et d’éthique au sein de nos structures étatiques. Le grand Dwight David Eisenhower (1890-1969), 34e président des États-Unis, disait : « Un peuple qui place ses privilèges au-dessus de ses principes perd rapidement les deux »
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 | Citation | Ne commence pas la journée avec les blessures d'hier! |

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