En fin de semaine dernière, c’était la grande Corvée du ménage printanier sur l’île de Montréal. Quelque 10 000 personnes munies de râteaux et de balais se lancèrent à l’assaut de ce rendez-vous annuel. Et quel ménage!
Dans une société de consommation comme la nôtre, nous en « rapaillons » des babioles de tous genres, des objets que nous n’osons plus jeter au cas où cela servirait. Que de choses accumulées dans nos greniers, remises et garages! Un bon jour, il faut prendre la bonne et grande décision de faire tabula rasa. C’est maintenant le moment d’inviter Monsieur Net à se joindre à nous. Rendre son environnement immédiat et son quartier plus propre, plus convivial et plus accueillant, n’est-ce pas contribuer à notre mieux-être et à celui de nos concitoyens? La vie en société exige de chacun de nous quelques efforts pour rendre notre vivre ensemble plus harmonieux. Dans une société qui martèle à profusion l’importance de prendre soin de soi, il importe aussi de nous rappeler que l’autre fait partie de notre vie et que l’individualisme poussé à l’extrême fait de nous des êtres déshumanisés.
Mais voilà aussi que l’Unité permanente anticorruption (UPAC) a donné récemment des résultats assez étonnants. Tout un ménage digne des grandes purges; pas seulement du menu fretin, mais de grosses pointures! Il n’est pas vrai que les élus et leurs acolytes sont au-dessus des lois et des règles éthiques. De nombreux citoyens, il faut le dire fortement, ont perdu littéralement confiance dans notre système démocratique cousu de fil blanc et perçu plus souvent qu’autrement comme un panier percé. Il est temps que la lumière se fasse sur une certaine classe politique qui a perdu, selon plusieurs, sa crédibilité et en quelque sorte sa légitimité. Il ne faut pas se surprendre si des jeunes prennent la rue et réclament haut et fort qu’il est temps que les élus, toutes formations confondues, écoutent la population. Dans une récente étude, la Chaire de recherche sur la démocratie et les institutions parlementaires de l’Université Laval et CROP signalaient que la satisfaction des Québécois à l’égard de la démocratie était en chute libre. À peine 50% de la population aurait confiance dans notre système démocratique. Imaginez, 68% des citoyens ne ferait plus confiance aux représentants du gouvernement pour faire ce qui est juste et bon pour la société. Il faudra plus qu’un Plan Nord pour remonter la pente!
Notre système démocratique est en crise ou pour le moins à bout de souffle, il n’y a aucun doute. Le Québec est en manque d’hommes et de femmes d’honneur, capables de défendre les droits et les intérêts de notre petit peuple toujours à la croisée des chemins. Entre vous et moi, il faudra sans doute plus qu’un printemps étudiant pour redonner aux citoyens leur droit de parole, mais surtout un peu plus d’espoir. Ne baissons surtout pas les bras car le Québec a tout ce qu’il faut, et même plus, pour faire face aux défis de la mondialisation et de son avenir. Il s’agit qu’on se mette ensemble!
Le Québec ne peut vivre harmonieusement sans un climat de confiance. C’est certain, nul ne conteste le climat de morosité actuel. J’ai écrit à plusieurs sur la nécessité et l’importance de ce climat de confiance. Rien n’est acquis d’avance, un climat social est fait de mille et une choses. Nous le savons bien, le système parfait n’existe pas, mais il revient à ceux et celles qui nous dirigent de faire tout en leur pouvoir pour favoriser un climat inspirant à notre vivre et faire ensemble. Tous les citoyens attendent avec impatience les réels travaux de la Commission Charbonneau qui, espérons-le, ira au fond du mal sociétal que représente la corruption, les pots-de-vin et les enveloppes brunes. Les Québécois s’attendent à un vrai ménage!
D’ici là, sortons nos râteaux et nos balais pour réaliser d’abord un peu de nettoyage dans notre propre cour. Il faut bien comprendre que nous sommes tous, à divers degrés, responsables de la société dans laquelle nous vivons et désirons nous réaliser. Nous n’avons pas à pelleter nos problèmes dans la province voisine et sur le méchant gérant fédéral. Oui, un ménage du printemps s’impose; je présume qu’il se poursuivra encore plusieurs mois. Il importe d’y prendre part, car cela nous concerne tous! Bon ménage printanier!