Quelle comédie de bon goût jouée avec brio par Michael J. Fox et Christopher Lloyd et regorgeant d’actions époustouflantes, d’humour rafraîchissant et d’innovations cinématographiques. Pour plusieurs aînés de chez nous, vieillir, c’est loin d’être une comédie. On ne peut reculer le temps, refaire nos vies ou reprendre le temps perdu. La vie, c’est inexorablement la somme de nos expériences, de nos succès, de nos échecs, de nos espoirs. On vieillit souvent comme l’on peut, avec l’héritage reçu de ceux qui nous ont tracé le chemin, mis au monde. La vie est un dur combat!
N’empêche que la Journée internationale des aînés que nous célébrons le 1er octobre nous fait voyager dans le temps, même dans le cyberespace. Sous le thème « Pour la suite du monde… », on organisera sans doute un peu partout sur la planète des événements, des activités pour sensibiliser davantage la population à la vie des aînés, à tous ceux qui nous ontprécédés, qui ont fait naître notre propre histoire. Certes, on ne peut pas voyager dans le temps, mais on peut, en l’espace de quelques minutes, parcourir le monde grâce à la magie d’Internet.
Le vieillissement est devenu « une préoccupation planétaire » affirmait Claude Béland, coprésident de la 9e Conférence internationale sur le vieillissement tenue à Montréalau début septembre. Le Québec a 50 ans mes amis! La pyramide des âges a changé de bord et le monde doit s’adapter, car la vieillesse s’étend aujourd’hui de 60 à 100 ans. Ces années sont parfois cruciales sur le plan santé, mais elles peuvent être aussi très riches humainement et socialement. Antonine Maillet disait : « Ceux qui aiment vivre vont vouloir que leur vieillesse soit vivante, tout en étant conscients qu’ils s’approchent de la mort. » Vieillir, c’est aussi mourir un peu chaque jour. C’est l’inévitable passage des ans, mais vieillir c’est aussi être porteur de tant de beautés, de sagesse et de lumière.
Il faut bien se rappeler la boutade qu’un vieux pommier ne donne pas nécessairement de vieilles pommes. À tous les âges de la vie nous sommes porteurs de rêves, nous pouvons donner la vie. Au contraire, ces pommes sont souvent plus savoureuses, voire exquises. Au fait, être vieux, c’est aussi apprendre et savoir vieillir patiemment et entièrement. Notre société est centrée sur le ici et maintenant, désirant nier les traces du vieillissement : on efface les rides, on colore les cheveux gris, on camouffle l’inacceptable passage des ans. On fait tout pour arrêter le temps, reculer les frontières de la vieillesse au lieu de l’apprivoiser comme une amie. Nous sommes des humains après tout!
Pourquoi, en cette Journée Internationale des aînés, ne pas reconnaître nos aînés comme des citoyens à part entière, des personnes riches d’un passé héroïque et d’une culture inouïe; des personnes capables de rêver encore d’une société meilleure et d’y apporter leur généreuse et créative contribution?
Les turbulences des marchés boursiers sévissant ces jours-ci n’ont rien pour les sécuriser. Ils ne sont pas tous financièrement à l’aise nos aînés. Attention, plusieurs d’entre eux vivent dans la précarité, parfois ignorés des leurs, avec de légères économies durement gagnées. Vulnérables et sans le sou, plusieurs d’entre eux vivent dans l’angoisse et la maladie. C’est aussi cela vieillir chez nous. Ce n’est pas toujours rose la vie d’une personne aînée, surtout quand la maladie vient miner sournoisement les forces vives qui lui restent. Le quotidien nous procure pourtant l’occasion de nous arrêter un peu, de saisir l’importance des petites choses, l’essentiel de la vie quoi! Il s’agit de la saisir au bond.
Un jour, je me souviens avoir croisé le regard d’un vieillard qui m’a profondément bouleversé. Lors d’une mission dans un pays du Sahel, je me rendis dans un village bambara où se cordaient les unes contre les autres de petites cases africaines en terre battue, coiffées de paille séchée. Tout à coup, mes guides me signalèrent qu’un vieux du village voulait me rencontrer, qu’il avait quelque chose d’important à me montrer. J’acquiesçai donc avec gentillesse et on m’amena ce vieillard tout courbé, vêtu d’une tunique africaine. Un visage émacié et ridé se profilait devant moi, des petits yeux brillants semblaient donner vie à ce corps fragilisé par l’usure du temps. Il s’approcha tout doucement de moi en sortant timidement de sa poche un bout de papier journal froissé. J’étais intrigué par cette rencontre inattendue. Tendant lentement les mains vers moi, il ouvrit avec ses mains rugueuses et avec tant de précaution ce bout papier qu’il tenait bien serré. Je sentais que c’était quelque chose de précieux pour lui. Au fond de ce papier chiffonné et poussiéreux se trouvait une vieille pièce d’un sou américain. Imaginez, une cenne noire! C’était son secret, son trésor!
Dans mon for intérieur, je me sentais démuni; je ne pouvais lui dire que cela ne valait pas grand-chose, disons rien. Tout le monde autour de moi était silencieux et attendait quelque chose de ma part. Je ne dis absolument rien. Je pris tout simplement ses mains, meurtries par le dur labeur de la terre, dans les miennes en les refermant tout doucement et en le regardant bien dans les yeux. J’ai cru me perdre un instant dans son histoire marquée sans nul doute par la douleur, la misère, la souffrance. Vivre dans l’espoir de survivre, c’était la réalité quotidienne d’Ibrahima! J’esquissai alors un large sourire en inclinant la tête. Ce vieillard au dos courbé méritait avant tout mon respect.
Je n’ai jamais plus oublié ce regard avide d’espoir, de quelque chose de meilleur pour lui et les siens. Il y a des mots qui ne peuvent traduire ce que l’on ressent. Il y a de ces rencontres rarissimes qui nous chamboulent et nous font grandir intérieurement. Vous connaissez sans doute des aînés malades, vivant dans la solitude et la précarité. Ils n’attendent de nous qu’un regard, qu’un petit mot, qu’une main tendue, qu’un sourire radieux. Mes amis, le cœur est à la tendresse en cette Journée internationale des aînés.
Jean-Guy Roy, DG Radio Ville-Marie
Commentez cet article : LeblogueduDG@gmail.com