C’est la réflexion qui m’est venue à l’esprit en apprenant récemment que la ville d’Abbotsford en Colombie-Britannique a remporté haut la main le titre de la ville la plus généreuse pour les dons de bienfaisance en 2007 avec une moyenne de 620$ par habitant. Fait à noter, cette ville d’un peu plus de 100 000 habitants compte près de 20% d’immigrants, et comme ils sont reconnus pour envoyer des sommes considérables à leurs familles dams leur pays d’origine, sa performance à ce chapitre est d’autant plus remarquable. Autre facteur : cette ville compte également une Église mennonite dont les fidèles pratiquent une religion très austère remontant à l’époque de Luther et sont réputés pour leur grand esprit d’entraide. Kelowna et Vancouver occupent le deuxième et troisième rang, mais avec des sommes beaucoup moindres, soit 370 et 360 dollars respectivement. Le Québec ne pourrait alléguer son relativement faible niveau de revenu, car la minuscule province de l’Île-du-Prince- Édouard dont le revenu par habitant n’est certes pas plus élevé donne 360$ par habitant alors que nous occupons le dernier rang avec un maigre 130$,
Je n’ai pu trouver accès aux plus récentes données touchant le bénévolat, mais des données antérieures indiquent que le Québec ne fait pas meilleure figure dans ce domaine également.
A quoi peut-on attribuer un tel écart entre la Belle Province et les autres provinces? A prime abord, on ne saurait l’expliquer par les variations de revenu par habitant. Cependant, je suis porté à croire que les anglophones sont plus philanthropiques et qu’ils ont conservé un plus grand sens communautaire, comme l’indique leur attachement à des valeurs religieuses et le fait qu’ils ont fermé beaucoup moins d’églises que nous.
La disparition du rituel et donc du sacré dans nos vies, a joué un rôle dont on ne saurait souligner l’importance, si on compare encore là le faste de nos églises avec le dépouillement et l’austérité qui caractérisent les églises anglophones protestantes, luthériennes et autres. C’est un peu comme si l’on était dépouillé de choses coutumières dans notre existence en tentant de se faire croire qu’elles n’avaient pas vraiment d’importance. Or, notre appartenance à un mode de croyance qui fut celui des Canadiens-Français depuis les débuts de la Nouvelle-France jusqu’à la Révolution tranquille, et dont l’abandon ne semble pas avoir créé des remous appréciables, nous a fait reléguer aux oubliettes le communautaire sans doute trop naïf pour se lancer à corps perdu dans l’individualisme et l’hédonisme Avant même d’être des citoyens, nous sommes des consommateurs trompés par la publicité, par ceux dont on voudrait nous faire croire qu’ils dirigent effectivement le pays, et davantage encore par ceux qui dans l’ombre, tirent les ficelles et sèment la ruine en toute impunité
Un autre aspect dont il faut tenir compte est celui de l’anonymat et du caractère virtuel des campagnes de bienfaisance. Après avoir lu le dernier rapport annuel de Centraide pour ma région, je n’y ai rien trouvé qui aurait pu m’inspirer un geste de générosité tant le texte proposé ressemblait beaucoup plus à celui d’une grande société commerciale dont on vantait les dirigeants et où on laissait bien peu de place aux pauvres. J’ai donc décidé alors de faire un don à une organisation locale beaucoup plus petite, mais dont je connaissais le travail. Au cours d’une année, on reçoit un nombre considérable d’invitations à faire des dons pour une foule de causes, qui, souvent, ne nous intéressent aucunement. Rien ne vaut et ne vaudra jamais les contacts personnels. Il arrive souvent que dans de grands organismes de bienfaisance, les coûts de l’administration et des campagnes représentent près de 20% de l’objectif visé, sans compter que les salaires très élevés de certains dirigeants de ces organismes, contribuent à mettre un frein à notre générosité.
Sans réussir à nous tirer de notre profonde léthargie, des observateurs dignes de foi et de divers horizons ont souligné que la disparition de la religion ne s’est pas traduite par l’avènement d’un mouvement rassembleur, de sorte qu’aujourd’hui, nous sommes plus isolés que jamais, forcément plus individualistes et victimes du repliement sur soi.
D’autres Riaquiens auront sûrement des explications plus convaincantes à fournir. A vous de répondre.