Devant les nombreuses turbulences à la mairie de Montréal, le journal La Presse, dans son éditorial du 1er mai, n’y allait pas avec le dos de la cuillère en demandant haut et fort la démission du maire Tremblay. Selon le journal, le maire n’a plus la légitimité pour diriger la métropole de la province. Voici ce que Nathalie Collard affirme dans son article: «Les scandales qui secouent l'administration Tremblay minent la confiance des Montréalais envers leur maire et l'administration municipale dans son ensemble. L'ampleur des dégâts affaiblit la position de Montréal et remet en question le jugement de Gérald Tremblay à titre de maire de Montréal. Nous sommes le 1er mai. Les élections municipales auront lieu dans six mois, jour pour jour. M. Tremblay devrait annoncer qu'il ne sollicitera pas un autre mandat.» En cette période troublée, notre dévoué maire a besoin d’une sacrée bonne bouée de sauvetage.
Gérald Tremblay a très bien réagi à cette crise en multipliant les entrevues dans les médias, mais il ne peut affirmer candidement qu’il ignorait tout. L’ignorance des faits ou des informations relatives à plusieurs dossiers qui le mettent sur la sellette présentement n’efface en rien la responsabilité de l’administration dans les divers scandales pointés du doigt. Elle démontre davantage, selon plusieurs experts, un manque de suivi, de rigueur de la part du premier responsable de cette ville. Le maire, c’est le maire après tout! Ses déclarations «d’ignorance» ou de «confiance en son équipe» maintes fois répétées signifient assez clairement que son entourage n’est pas trop « politically correct ». Il n’y a plus de doute qu’il y a quelques loups qui se cachent dans la bergerie. L’art du pouvoir est aussi celui de savoir bien s’entourer et d’exiger une loyauté sans faille. L’échéance électorale de l’automne pose la question entière de la survie de Gérald Tremblay à la mairie de Montréal. Les récentes déclarations de l’intéressé semblent toutefois sans équivoque : « Je ne quitte pas, puis au contraire, je serai candidat à la prochaine élection, le 1er novembre » Tous l’affirmeront, six mois, c’est long en politique!
Le Québec étant tricoté serré, tout finit par se savoir dans les couloirs du pouvoir. La politique municipale a bien son lot de zones grises où pot-de-vin et favoritisme se mêlent assez allègrement à des jeux de coulisse et de pouvoir. La ville de Montréal, c’est un tout paquebot en comparaison du petit yacht de l’homme d’affaires Antonio Accuro. Mais en politique, ce n’est pas nécessairement la taille de la magouille ou l’ampleur de la bévue qui peut faire couler le tout. Nous connaissons tous fort bien l’histoire du petit David et du géant Goliath. Une petite pierre dans l’engrenage peut faire dérailler tout un empire.
Quoi qu’il en soit, les turbulences émanant de l’entourage du maire Tremblay minent sa crédibilité, sa capacité de gérer la crise qui secoue son administration. La mise en place d’un comité d’éthique, aussi bien intègre qu’il soit, ne règlera pas tout et laissera des traces difficiles à effacer. La politique qu’elle soit municipale, provinciale ou fédérale, c’est grandement une question de perceptions. Gérald Tremblay fait face à un Gibraltar! Il doit, en peu de temps, redorer son blason, remettre un peu d’ordre dans sa cour s’il veut faire face de pied ferme à l’électorat en novembre. Nul ne doute de l’intégrité de cet homme de principes et de valeurs, mais un chef écope, qu’il le veuille ou non, des gaffes des membres de son équipe.
À quelques mois du rendez-vous électoral, certains observateurs de la scène municipale évoquent les règlements de compte, le complot quoi! Le maire lui-même en fait état en se disant victime d’une campagne de discrédit. Furieux, il déclara ces jours derniers : «Ce n’est pas La Presse qui va décider qui mène la ville de Montréal.» Vous avez raison Monsieur le Maire, mais vous savez bien que les médias, au fil des dernières décennies, ont contribué à bien des chutes de politiciens. Gérald Tremblay aura 68 ans lors de la prochaine campagne électorale municipale au cours de laquelle il sollicitera à nouveau la confiance des montréalais pour un troisième mandat. Les événements des dernières semaines risquent fort bien de compromettre le rêve d’une autre victoire. En fait, les scandales qui se succèdent à la mairie auront-ils raison de la détermination de Gérald Tremblay? Il reste six mois au maire de la métropole pour colmater le tout et demeurer maître à bord.
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