L’abondance des ressources naturelles de la province est indéniable et lui confère une position très avantageuse en cette ère de mondialisation. Sur le plan minier, le Québec se classe haut la main parmi les dix principaux producteurs mondiaux. Son territoire possède l’un des plus grands réservoirs d’eau potable de la planète. Imaginez, l’eau douce recouvre 10% de la superficie de la province, espace qui englobe trois fois et demie le territoire de la France. L’exploitation minière est florissante au Québec car on peut répertorier actuellement pas moins d’une trentaine de mines en opération. On y retrouve en abondance des ressources minières des plus variées : or, fer, titane, amiante, cuivre, diamant, lithium, zinc, argent, etc. De nombreux experts signalent qu’à peine 40% du potentiel minier est connu à ce jour. Le territoire québécois vaut son pesant d’or!
En fait, le Nord-du-Québec occupe 60% du territoire de la province; c’est vaste mes amis! C’est aussi la région la moins densément peuplée avec quelques 40 000 habitants. Une population clairsemée qui y vit en moyenne avec un revenu d’un peu moins de 20 000 $. Territoire longtemps oublié, voire ignoré, le voilà au centre de l’actualité et de l’exploitation, vous vous en doutez, pas seulement minière. Il est vrai que le sous-sol est un trésor insoupçonné. Mais voilà que le gouvernement Charest met de l’avant son grand projet mobilisateur, comme à l’époque des colossaux projets hydroélectriques de Manicouagan et de la Baie James. Et les chiffres, en ce temps de morosité politique et d’impopularité du gouvernement en place, brillent de mille feux. Attachez bien vos ceintures, des sommes de 80 milliards d’investissements en 25 ans, onze projets miniers, 500 000 emplois, des redevances sans précédents. Il y a de quoi saliver! Toutefois, rien de précis pour l’instant. Un grand Plan Nord un peu flou, juste assez pour satisfaire les intérêts des investisseurs et de calmer la grogne de la population devant un gouvernement embourbé depuis sa réélection. Toutefois, il faut laisser la chance au coureur.
Depuis l’annonce de ce plan grandiose, l’accueil semble positif mais non exubérant. Il faut dire que le Québec a bien changé depuis les mégas projets énergétiques des années fastes et énergivores. Les Québécois sont devenus plus soucieux de l’environnement et méfiants des projets d’envergure qui ne tiennent pas compte des populations concernées. L’épineux dossier des gaz de schistes en est un exemple patent. Il n’y a pas que le fric qui entre en ligne de compte mais l’avenir de ces vastes territoires encore vierges et salutaires pour l’écosystème. Il est clair qu’il serait périlleux pour Monsieur Charest de se servir de ce vaste plan de mise en valeur des richesses énergétiques et minières pour faire des gains auprès de l’électorat, redorer son blason quoi. Nous pouvons comprendre le désir légitime de Monsieur Charest de laisser un héritage significatif à l’instar de ces prédécesseurs Robert Bourassa et René Lévesque. Nous laisserons aux historiens le soin de mesurer l’ampleur du legs politique du premier ministre actuel, mais chose certaine, il n’est jamais trop tard pour bien faire.
L’annonce de ce Plan Nord ne laisse personne indifférent et peut contribuer, s’il est bien mené et circonscrit à une relance du Québec sur les plans économique et social. L’attrait pour les ressources minières et énergétiques connaît une croissance fulgurante à travers le monde. Les métaux sont devenus des refuges pour les investisseurs frileux devant un marché financier des plus volatiles. Qu’en sera-t-il dans 25 ans? L’engouement pour le Nord-du-Québec est principalement d’ordre économique, une bouée de sauvetage pour une province fortement endettée et en manque de cash pour financer honorablement ses institutions en éducation et en santé. Malgré les mesures protectionnistes de l’environnement, des populations locales annoncées dans ce fameux plan, il faudra être vigilant pour éviter une exploitation outrancière d’un joyau mondial qui appartient à tous les Québécois. L’exploitation des trésors du Nord-du-Québec doit se faire avec précaution et en collaboration avec les populations locales. Les exemples d’erreurs et d’abus dans le passé méritent une réflexion en profondeur.
Plusieurs critiques signalent la nécessaire exigence d’un juste prix pour nos ressources énergétiques et minières. C’est un bien collectif qui ne faut pas dilapider au plus offrant. Il semble important d’éviter à tout prix de leurrer le monde avec le prétendu boom minier; un boom, nous le savons tous, peut être passager et présager une chute assez rapide merci. L’exemple américain assez récent de la crise immobilière, à l’origine de la crise financière à l’échelle planétaire, invite à la prudence et au discernement. Quoi qu’il en soit, si l’annonce du Plan Nord ressemble à celle du méga Centre hospitalier universitaire.de Montréal (CHUM), il risque de couler encore beaucoup d’eau dans les rivières du Nord-du-Québec avant que tout se mette en branle. L’histoire nous enseigne toujours de grandes leçons. Le moraliste français Vauvenargues disait : « Les hommes ont de grandes prétentions et de petits projets » Que dire ma foi de ceux qui ont des grands projets? Chose certaine, ne perdons jamais le Nord!