Un soir, Pierre-Émile m’invita à le suivre; je me doutais vaguement qu’il y avait anguille sous roche, mais, le plaisir de vivre une aventure, était plus fort que tout.. Avant de traverser la voie ferrée, Pierre-Émile me fit signe de garder le silence et de tendre l’oreille. Nous avions entendu des rires étouffés, mais il n’était pas question de parler. Empruntant un petit sentier tapissé d’aiguilles de pin qui nous permettait d’atténuer le bruit de nos pas, nous nous trouvions dans un petit bocage qui était très touffu et qui pouvait donc se prêter à des ébats discrets. Pierre-Émile, tel un Peau-Rouge, s’avançait silencieusement sur le sentier de la guerre. Au moment opportun, il braqua son dynamo sur deux jeunes couples en tenue sommaire..Les deux garçons firent mine de nous menacer, mais, dans les circonstances, ils n’avaient pas le beau rôle. Sans préambule, réclama 0.50 cents de la première, et 0.75 cents à la deuxième, qui était fille de notaire.
Le lendemain, nous avions fait bombance. Après avoir acheté une grosse bouteille d’orange Kik et s’être gavés de bonbons, nous avions passé tout l’après-midi et une partie de la soirée à jouer au pool, au milieu de familiers de l’endroit qui devaient se demander d’où venait notre argent.
Je n’ai jamais su si Pierre-Émile avait répété le coup, mais, toujours est-il que quelques semaines après notre exploit, le curé, à la grand-messe du dimanche, y alla d’un sermon incendiaire, fustigea sans les nommer, les personnes immorales qui avaient osé se livrer à des actes indécents, et rappela à tous, que ce bocage était la propriété de l’École normale et qu’il
était exclusivement réservé aux deux cent jeunes filles qui fréquentaient cette institution.
Par la suite, la vie nous a éloignés, mais j’apprenais de temps à autre, que Pierre-Émile avait poursuivi sur sa lancée, mais que ses exploits ne lui valaient pas toujours la croix de St-Louis.